Date : mardi 24 juillet 2018

 

 

Pour permettre à la Féline, monument s’il en est des bars rocks parisiens, de terminer sa vie en beauté, les concerts s’y multiplient jusqu’à la fin du mois de juillet, et la fermeture définitive (le patron est las des fermetures administratives, qui touchent d’autres lieux comme l’Espace B, par exemple) de ce lieu incontournable. C’est pourquoi on s’attend à ce qu’il y ait du monde et qu’il y fasse bien chaud, en ce mardi soir, et on n’est pas déçu : les habitués sont présents en nombre, et envahissent avec bonhomie la petite ruelle, s’abstenant uniquement de toucher à la moto du patron, installée juste devant l’entrée…

 

Ils ont peut-être été les plus fidèles des groupes à jouer ici au fil de ces douze années : les Whodunit ne pouvaient manquer à ce rendez-vous, qui en sus fait office de pré-release party, puisque le groupe sort son 4e album, produit par Jim Diamond (ex-Dirtbombs, et producteur extrêmement réputé), et si c’est l’habituelle formule à 4 qui va jouer devant nous ce soir, il se dit que les futures prestations pourraient bien voir un petit clavier apparaître sur scène… Batterie, basse, deux guitares, de quoi faire vrombir la salle, et c’est le cas d’entrée de jeu, avec un quatuor bien décidé à honorer les lieux de la meilleure des manières, en s’appuyant sur l’intégralité de sa discographie, y compris le (futur) petit dernier "memories from a shit hole", encore inédit, mais dont on reconnaîtra a posteriori certains titres (come on, en particulier). Cela fait quinze ans que le groupe malmène son « garage blues punk » sur toutes les scènes, et comme c’est loin d’être la première fois qu’on assiste à une de ses prestations, on n’est pas surpris par l’énergie qui se dégage de chacun de ses morceaux, la voix du chanteur n’étant pas non plus pour rien dans l’intérêt qu’on peut porter au groupe. Le public, profitant du fait que les tables ont été exclues de la fosse, est massé devant la scène, ce qui n’empêche pas le chanteur-guitariste (puis plus tard ses acolytes) de se balader dans la salle, et même dans la ruelle à l’occasion. Au milieu des compositions du groupe, on reconnaît la reprise du fire of love (Jody Reynolds), dans une version qui doit autant au MC5 qu’au Gun Club, et qui en guise de balance comme en sommet du set vaut sacrément le coup. Même si on constate que les spectateurs sont plus dehors que dedans (proportion : ¼ dedans, ¾ dehors !), cela n’empêche pas le groupe de se donner à fond, comme toujours, et même si on souffre un peu de la chaleur, on est finalement à l’aise, pas collés les uns aux autres, ce qui évite le pire…

Au bout de ces 75 minutes pour le moins bien remplies, et après avoir terminé sur le big black witchcraft rock piqué aux Cramps (encore une confirmation de l’excellent goût des membres du groupe), les musiciens demandent l’autorisation au boss de continuer un peu. Non content de l’accorder avec un plaisir non feint, le patron vient même pousser la chansonnette gueulante sur you make me sick, même si le départ du morceau est à refaire pour manque de coordination, et si on sentait l’hommage avec le big black witchcraft rock, on a le sentiment avec le terminal she said (au bout de presque 90 minutes !) que les Whodunit vont encore plus loin que les Cramps sur cette reprise d’Hasil Adkins : on se demande si elle n’est pas jouée deux fois plus vite que d’habitude, c’est sans doute pour laisser chacun exténué mais ravi, et l’effet escompté est largement atteint, on ressort de là (il faut bien respirer un peu !) avec l’habituelle banane, même si la perspective de voir disparaître le lieu teinte un peu d’amertume l’excellente prestation du soir. On attend désormais les annonces prochaines du groupe, tournée et date de release party !

 

Avec un peu de courage, on reviendra ici samedi soir pour l’ultime concert avec les Beef Paradise, mais il risque d’y avoir encore plus de monde, alors la suite sera peut-être repoussée une semaine plus loin avec les Magnetix au Supersonic.