Date : vendredi 1er juin 2018

 

C'est enfin la fin de la semaine, mais on n'est pas encore en repos, en ce vendredi soir on se dirige vers le Centre FGO-Barbara, avec la perspective de retrouver pas mal de têtes connues, et de passer un petit test, musicalement parlant j'entends...

 

Si le concert prévu n'a pas de première partie annoncée, puisque c'est un DJ qui officie sur la scène, il y a eu précédemment à l'étage la projection du film "The ballad of Genesis and Lady Jaye", un documentaire sur Genesis P. Orridge (Throbbing Gristle), sa femme Lady Jaye, leur relation, la pandrogynie (renseignez-vous !), un OVNI cinématographique de 72 minutes qui ne laisse pas indifférent, et complète la connaissance imparfaite que l'on pouvait avoir de ce créateur de la musique industrielle et avant-gardiste dans beaucoup de domaines. On n'est pas très nombreux à regarder le film (moins d'une vingtaine), mais c'est une bonne entrée en matière avant le concert. En sus, nous avons droit à quelques extraits/docus/mini-films des Tétines Noires, histoire de nous mettre en bouche en revoyant par exemple le duo Drucker/Bellemarre estomaqué devant l'Homme-Chaise...

 

Car quand nous arrivons dans la salle de concert, lorsque le DJ en a fini, on voit arriver un homme avec un pied de micro sur l'épaule, le détail étant que ce pied de micro est un Homme-Pied de micro, l'ex-"Made in Eric", désormais officiant sous son nom propre de Eric Madeleine, et qui ce soir va donc demeurer immobile, nu, portant uniquement un support à micro sur la tête, et qui restera là jusqu'à la fin du concert, sans réaction, réussissant totalement à correspondre à l'Homme-objet. C'est impressionnant, bluffant, d'autant plus qu'on finit très vite par s'y habituer, preuve qu'il réussit totalement sa réification.

Dès qu'il est en place, on voit arriver une ribambelle de musiciens armés de mini-bandonéons et ornés du même masque, cela correspond bien à l'ambiance sur scène, puisqu'il y a pas mal de choses qui pendent du plafond, quelques bougies allumées à proximité du micro, et les quatre musiciens qui constituent les Tétines Noires (chant-guitare, basse, batterie, clavier-boîtes, même s'il y aura certains échanges pendant le set) accompagnent ces comparses sur un petite brouette sans allumettes qui donne le ton : on est dans le bizarre, musicalement parlant comme au niveau du chant, on hésite entre chanson déviante et expérimentation, mais dès que la scène se sera réduite au quatuor, on retrouve un rock brutal, bien dark, où la basse est omniprésente, mais on n'est pas encore au bout de nos surprises. Une fois cet excellent head horse terminé, on arrive dans une contrée un poil plus électro, avec teo tertem, et là on a bien compris : si le groupe va aller piocher au sein des trois albums (datant de plus de vingt ans), cela ne va déranger personne, ni sur scène ni dans la fosse, de constater qu'on mélange les genres et qu'on brouille les pistes en permanence, on peut ainsi abandonner la guitare l'espace d'un titre ou deux avant de la reprendre de manière extrêmement brutale... Si l'essentiel de cette demi-douzaine de premiers titres est issu du dernier opus ("12 Têtes Mortes", 1995), par la suite on variera plus entre cet album et les deux premiers ("Fauvisme et Pense-Bêtes", 1990, et "Brouettes", 1991), et musicalement on continuera les mélanges : dark, donc, mais aussi punk, grunge, goth, expérimental, le gros son succède aux chansons susurrées et ornées de petits instruments (trompette jouet, mélodica, bord de verre...), et l'usage indifférent du français et de l'anglais (on se demande même s'il n'y a pas d'autres langues qui s'insèrent) ne dérange absolument personne, au contraire c'est une façon de plus d'emmener l'auditeur là où le groupe le veut. Le public, qui s'était précipité sur les billets (le concert est sold-out), est bien évidemment ravi, et qu'on ne crie pas à la complaisance : le groupe, qui a profité d'une résidence en ces lieux, a énormément travaillé, et cela se ressent, c'est à la fois carré et hyper fragile, et si on conçoit que le chant, toujours à la limite du théâtral, puisse en gêner certains, c'est bien dommage pour eux, car on trouve plein de petits détails musicaux super intéressants, et on ne trouve aucun moment faible à la grosse heure que dure le set.

Cela correspond d'ailleurs à ce qui était annoncé au niveau des horaires, cela n'empêche évidemment pas le public de réclamer un petit bonus, et on va être servis ! Car en deux titres, le groupe termine ce qu'il a magnifiquement entamé, avec le duo freaks / brouette nentale, on retrouve sur ces deux morceaux tout ce qu'on a apprécié jusqu'alors, y compris certaines ruptures de rythmes bluffantes, l'alternance chanson/rock féroce est là jusqu'au bout, et on s'apprête à ressortir de là avec une sacrée banane. Mais finalement le groupe a conservé un petit o'dogo dans son panier, une variation théâtralo-délirante qui achève de mettre chacun à genoux, et là plus personne n'y trouve rien à redire : en plus de 80 minutes, le groupe a (re)conquis son public, et nul doute qu'on est nombreux à espérer qu'il ne s'agisse pas uniquement d'une simple tournée, mais qu'on aura l'occasion de revoir le quatuor sur la scène dans les mois à venir. Pour finir la semaine de concerts, c'est une sacrée claque qui nous a été donnée ce soir !

 

Set-list :

 

  1. Petite brouette sans allumettes
  2. Head horse
  3. Teo tertem
  4. Washing head
  5. Empire head building
  6. Les Roseaux cervicaux
  7. A Different Man
  8. Fase 1990
  9. Crazy Horses
  10. Hill House
  11. Envers et contre tête
  12. Tête préparée
  13. Eaten head
  14. Rappel : Freaks
  15. Brouette Nentale
  16. Rappel 2 : O'dogo

 

On va attendre le week-end prochain avant de retrouver les salles de concert, avec sans doute Hinin vendredi prochain à la Gare XP.