Date : mardi 29 mai 2018

 

C'est mardi, les marchands de mort sont en deuil, ce sont bien les seuls (avec les lecteurs du Figaro, bien sûr), Corbeil-Essonnes va peut-être pouvoir retrouver un minimum de démocratie, mais on oubliera rapidement le chasseur en 4x4 en se rendant au Petit Bain. Il fait très beau et les bords de Seine sont bondés, il y a même un marchand plus ou moins ambulant de Martini devant les lieux, bref tout est réuni pour que les bobos/hipsters prennent le chaud, il faut qu'ils en profitent car dans quelques heures le déluge calmera les peaux les plus échauffées...

 

La salle n'est pas encore bondée à l'heure où la première partie entame son set, mais cela ne durera pas. Résultat : il fera chaud et humide, la condensation occasionnera de belles chutes de gouttes de condensation un peu plus tard, comme quoi on n'est pas forcément à l'abri, même pour les concerts en intérieur. La première partie est anglaise, se nomme The Vile Assembly, provient de Liverpool, et est constituée d'un duo chant-guitare relativement âgé et d'un trio guitare-basse-batterie relativement jeune. En début de set, je retrouve des façons de chanter qui rappellent furieusement John Lydon, il y a pire comme influence, et si j'imagine parfois des liens avec un Damage Manual, je dois vite relativiser les choses car c'est bougrement moins excitant. Car si le groupe insiste beaucoup sur le côté social/politique de ses textes, musicalement ça ne vole pas très haut, et encore les choses se détériorent-elles au fil des minutes, puisque le son relativement grunge d'une des guitares monte en puissance, ce qui fait défaut en matière d’énergie n'est pas compensé par un alourdissement du propos, et je ne retrouve même plus l'intérêt qui pouvait exister au début. Histoire de laisser un souvenir impérissable, le groupe réussit en guise d'apothéose à massacrer i wanna be your dog, je n'imaginais même pas que cela soit possible, bref au bout de ces 38 minutes on prendrait bien l'air, mais on risquerait de voir le brushing se changer en dégoulinures capillaires, tant les derniers arrivants dans la salle sont détrempés...

 

Une très grosse et très longue demi-heure plus tard, les lumières finissent par s'éteindre (on a du mal à comprendre pourquoi il a fallu attendre aussi longtemps), et on voit débouler sur scène les quatre musiciens de the Damned, les trois "petits nouveaux" (batterie-basse-clavier) accompagnant un Captain Sensible que l'on a vu quelques minutes plus tôt se faire fouiller avant de rentrer dans la salle... Si le batteur et le clavier sont dans le groupe depuis une vingtaine d'années, le bassiste ne ressemble pas forcément à Paul Gray, un ancien de retour depuis l'an passé, il pourrait s'agir de John Priestley, bien moins connu et dont je ne peux pas dire grand chose... Le groupe s'installe et peut débarquer Dave Vanian, le chanteur et seul membre à n'avoir jamais quitté le navire depuis 1976, l'ancien fossoyeur est comme toujours ganté de noir, et il s'empare de son micro pour entamer wait for the blackout, et dès ce moment on comprend que cela ne va pas être forcément facile. En effet, hormis ceux qui sont installés dans une fosse qui va beaucoup bouger tout au long du set, les spectateurs se rendent immédiatement compte qu'on n'entend guère le clavier (bonne nouvelle), et que la voix de Dave semble bien lointaine (mauvaise nouvelle). En ce qui concerne le clavier, on l'entendra/subira par la suite, mais la voix restera constamment largement inaudible, sauf lors des innombrables échanges de private jokes avec le Captain - une bonne partie restera définitivement incompréhensible... Le groupe est en tournée pour soutenir un nouvel album, acclamé par la critique mais qui me semble noyé sous les claviers, heureusement ce soir seuls deux titres en seront extraits, sans d'ailleurs que je n'aie à me plaindre de l'un ou de l'autre, preuve qu'il faut sans doute que je recreuse le sujet. Le reste sera tiré des albums du groupe situés entre les débuts de 1977 et 1985, autant dire que le public, d'une moyenne d'âge certaine, ne peut qu'être conquis, et cela se confirme sur plan 9 channel 7, les spectateurs sont extatiques, même si je reste pour ma part en attente. En effet, musicalement on n'est pas loin du play-back, les morceaux frisent la copie parfaite des versions ultra connues, et ce manque d'évolution, s'il peut se comprendre, doit être compensé par une débauche d'énergie. Cette débauche sera effectivement présente, ponctuellement, alors on appréciera énormément les versions de anti-pope, de love song ou de second time around (machine gun etiquette, officiellement), mais on aura plus de mal à s'enthousiasmer sur d'autres monuments tels que i just can't be happy today, qui pâtit d'une relative lenteur, comme pas mal d'autres. Et si new rose ne déçoit pas, le choix du groupe d'axer la set-list sur un grand nombre de titres issus de "the black album" ou "strawberries", donc bien plus psychédéliques que les débuts ô combien punk du groupe, accélère le processus de désintérêt pour moi. Par exemple, la reprise d'eloise (Barry Ryan), déjà boursouflée à sa sortie en 1986, ne s'est pas améliorée avec les années, et comme elle précède les guère plus affriolants dr jekyll and mr hyde et ignite (qu'on a connu dans des versions pourtant très pêchues), le temps se fait un poil long. Même le final sur neat neat neat ne m'envoie pas au 7e ciel, ni même au 1er d'ailleurs, et au bout de ces 69 minutes je commence à me dire que je ne reste que parce qu'il s'agit de la dernière fois que j'assiste à un concert du groupe.

Un temps de pause, et le groupe revient pour un rappel mi figue mi raisin, so messed up relevant le niveau de street of dreams (suis-je le seul à trouver que "phantasmagoria" a terriblement vieilli ?), on pousse donc vers les 80 minutes de prestation, cela pourrait presque s'arrêter là mais le public réclame depuis de longues minutes smash it up, ce titre sera offert en conclusion du deuxième rappel (qu'on ne croie pas qu'il s'agit d'un cadeau du groupe, il est joué tous les soirs sur la tournée !), après un under the floor again qui tiré de "strawberries" possède les mêmes qualités et surtout défauts que ...blackout ou dr jekyll..., et si on a ainsi dépassé l'heure et demie, l'ensemble m'aura laissé une véritable impression de groupe venu relever les compteurs, sans vraiment avoir conservé le plaisir d'être sur scène et de surprendre les spectateurs comme les autres musiciens. À la limite, le dernier rappel qui semble bien plus improvisé, celui-là, est peut-être ce qui se rapproche le plus de l'esprit punk, l'interprétation par Captain Sensible de son improbable tube wot venant relever le niveau d'ensemble d'une soirée qui m'aura laissé bien froid. La bonne nouvelle, car il y en a une, c'est que les trombes d'eau ont fini de tomber lorsqu'on quitte les lieux après ces 100 minutes damnées, au moins on n'aura pas chopé une pneumonie en sus d'un ennui quasi incommensurable.

 

Set-list :

 

  1. Wait for the Blackout
  2. Plan 9 Channel 7
  3. Standing on the Edge of Tomorrow
  4. Anti-Pope
  5. Love Song
  6. Machine Gun Etiquette (Second Time Around)
  7. I Just Can't Be Happy Today
  8. Devil in Disguise
  9. New Rose
  10. Eloise
  11. Dr. Jekyll and Mr. Hyde
  12. Ignite
  13. The History of the World (Part 1)
  14. Neat Neat Neat
  15. Rappel : Street of Dreams
  16. So Messed Up
  17. Rappel 2 : Under the Floor Again
  18. Smash It Up
  19. Rappel 3 : Wot

 

 

On continue dès ce mercredi soir, avec plus d'optimisme, avec les Brassen's Not Dead à la Comedia.