Date : lundi 28 mai 2018

 

 

Commencer la semaine par un concert est sans doute un excellent moyen de se tirer une balle dans le pied quant à l'énergie du reste de la semaine, mais en ce lundi soir on n’a pas le choix (c'est une image, car il y avait en même temps Reverend Beat-Man au Petit Bain...), c’est direction le Café de la Danse, et si on arrive sous des trombes d’eau (la mousson est de qualité cette année), on peut se réchauffer avec une excellente bière à l’intérieur de la salle, même si les tarifs sont du genre à vous occasionner des aigreurs d’estomac…

 

En guise de première partie, c’est un chanteur-guitariste-harmoniciste qui débarque sur la scène, et si Képa se présente en affirmant (sur le net) qu’il joue du « power blues », le premier titre n’est pas nécessairement à la hauteur de cette déclaration, bien trop pop à mon goût. Cependant, très vite, c'est-à-dire dès que l’harmonica pointe le bout de ses anches, on retrouve des sonorités évoquant un Arno, par exemple, ce qui permet de se raccrocher aux branches. En revanche, on sent que le chant comme les musiques ont tendance à mélanger les genres, j’y verrais par exemple un poil de musique tzigane, sans exclusive, mais cela ne m’incite pas forcément à m’intéresser plus avant à ce qui nous est proposé, et au bout d’un quart d’heure je m’en retourne vers le bar. Ce soir, il n’est pas en mezzanine, on a également remarqué que la configuration de la salle limitait (tant mieux !) le nombre de places assises, et on verra d’ailleurs plus tard dans la soirée la tête d’affiche appeler les spectateurs en gradins à se manifester de manière un peu plus évidente, et à montrer qu’eux aussi ressentent la musique à travers tout leur corps…

 

Car il semble tout de même difficile de résister à l’attrait de ce que nous propose The Legendary Tigerman, qui 4 mois après son passage au Point Éphémère nous propose une set-list un (gros) poil différente (12 titres communs entre les deux dates), composée une nouvelle fois d'une moitié de titres tout nouveaux, tirés de "Misfit" le dernier album, le reste s'appuyant essentiellement sur "Femina" et "True", les deux albums précédents (on n'oubliera évidemment pas l'incontournable et excellent naked blues, sans doute présent dans la plupart des set-lists depuis 2002). Comme on doit désormais s'y habituer, Paulo, précédemment en version one-man-band, est accompagné d'un bassiste, d'un batteur et d'un saxophoniste, autant dire qu'il y a de quoi donner de l'ampleur à un son qui jusqu'alors était un poil riquiqui, mais qui collait bien avec le blues sale que pouvait nous proposer le chanteur-guitariste. Plus question de cela maintenant, et même si on n'a pas droit non plus à une révolution totale, certains regrettent un brin ce côté rustique... Il faut dire que d'entrée de jeu, on sent que le jeu est encore plus carré en janvier, que certains morceaux font dans le gros son (on peut citer motorcycle boy, par exemple), mais il y a parfois un léger sentiment que c'est justement presque trop poli pour être honnête, et si on ne s'ennuie évidemment pas, on a sans doute perdu quelque chose en route. Ainsi, toute la première partie du concert est presque sage, y compris lorsque Phoebe Killdeer vient appuyer le quartet sur & then came the pain, et on regrette que la présence de Lisa Kekaula sur the saddest thing to say ne soit que virtuelle, à travers une vidéo - sans être omniprésentes, les images sont un élément d'accompagnement important dans les sets du groupe. Le groupe enchaîne les titres, sans énormément avoir besoin d'échanger avec les spectateurs, pourtant bien appréciateurs de ce qui se passe sur la scène, et si on retient encore un fix of rock'n'roll comme élément fort du set, il faut attendre la reprise du these boots are made for walkin' (Nancy Sinatra et Lee Hazelwood), avec la présence fascinante de Maria de Medeiros, pour qu'enfin la mayonnaise prenne totalement, et qu'on sente que l'énergie est bien présente. À partir de ce moment, il n'y a plus le moindre reproche à faire, et dance craze puis 21st century rock'n'roll (l'occasion de faire durer quasiment infiniment le plaisir des musiciens et des spectateurs) nous maintiennent à un niveau impressionnant, celui qu'on était venu chercher. On a quasiment atteint l'heure et quart, et le groupe quitte la scène, on peut craindre que cela ne se termine comme cela, alors que tout le monde est chaud, mais certains indices (lumières non rallumées, backliner qui réaccorde les guitares...) incitent à donner de la voix pour faire revenir le groupe pour un petit coup de rab.

C'est donc bien évidemment le cas, et si le rappel va se limiter au seul black hole, on peut une nouvelle fois constater que ce nouveau titre est, comme ses prédécesseurs, d'un excellent niveau, et lorsque le groupe quitte une deuxième fois la scène, après 80 minutes bien pleines, on sent qu'une partie du public est d'ores et déjà rassasiée. Mais comme Paulo ne semble pas l'être, on a droit à un ultime gâterie, avec un a girl called home en version duo (chanteur-guitariste + saxophone), ce titre fait partie des ballades assumées du dernier album, et il permet avec classe de faire tranquillement retomber l'excitation dans la fosse, et en atteignant quasiment l'heure et demie de prestation, on n'a nullement à se plaindre. Et on quitte la salle en se disant que ce n'est pas encore pour cette fois-ci qu'on remettra en cause le groupe, on n'a donc plus qu'à attendre/espérer sa prochaine venue en région parisienne !

 

Set-list :

 

  1. The Saddest Girl on Earth
  2. Child Of Lust
  3. Naked Blues
  4. & Then Came The Pain
  5. Motorcycle Boy
  6. Holy Muse
  7. The Saddest Thing To Say
  8. Gone
  9. Fix of Rock'N'Roll
  10. These Boots Are Made for Walkin'
  11. Dance Craze
  12. 21st Century Rock'N'Roll
  13. Rappel : Black Hole
  14. Rappel 2 : A Girl Called Home

 

 

La suite, c’est dès ce mardi soir, au Petit Bain, avec le retour des Damned.