Date  :samedi 26 mai 2018

 

Petite surprise lorsqu'on pénètre dans la Grande Halle de la Villette, en ce samedi soir, puisque cette soirée dans le cadre du festival Villette Sonique est bien loin d'afficher complet, on est très loin d'une salle à demi remplie lorsque la première partie débute, et même en fin de soirée on ne se marchera pas sur les pieds. Sans doute le tarif (35€ hors frais de réservation !) y est-il pour quelque chose, peut-être que l'hétérogénéité de l'affiche y a également sa part... On remarque tout de même que les bars placés dans la salle les années précédentes ont bougé, il y en a un derrière l'emplacement des techniciens, et un autre en extérieur, puisque désormais l'espace fumeur est clos et opposé à l'entrée, cela évite les coups de tampon et permet de profiter du temps très clément de cette fin de mai.

 

C'est avec un quart d'heure de retard sur l'horaire annoncé (ce n'est pas l'habitude ici) que Exploded View arrive sur scène, et c'est sans a priori que je me mets à l'écouter, puisque je n'avais jusqu'alors écouté aucun titre du quatuor. Avec une chanteuse entourée d'un batteur, d'un guitariste et d'un (une ? de loin, ce n'est pas évident) préposé aux claviers, il y a de quoi faire de bonnes choses, on lit qu'on risque d'entendre un mélange de krautrock (la grande mode depuis quelques mois) et de post-punk, et effectivement les morceaux démarrent bien, la guitare est plutôt intéressante, le chant est lui aussi assez clair et tout à fait audible, mais... Mais en fait, on s'aperçoit très vite qu'il manque un petit quelque chose, c'est-à-dire le moment où cela démarre vraiment, où l'on est emporté, et comme cela n'arrive pas, on en profite pour s'aérer un peu, on sait que la soirée est longue, d'autant plus en regard du retard pris dès son début.

 

J'avais un a priori extrêmement favorable à propos de la prestation de Anna von Hausswolff, puisque la donzelle (chant-clavier) m'avait bluffé il y a un an et demi au Trabendo en première partie des Swans. La différence essentielle saute rapidement aux yeux, puisqu'au trio/quatuor qui œuvrait fin 2016 succède un sextet (2 guitaristes, un bassiste, un batteur et un claviériste supplémentaire accompagnent Anna), et le son n'a plus du tout la même tonalité ! Si le sentiment d'oppression était omniprésent, accompagné d'un chant plus proche du cri, et si les références évoquaient tant les Neubauten que le Birthday Party, ce soir le sentiment est tout autre : les titres restent très longs et étirés, pourquoi pas, en revanche cela a tendance à flirter avec l'emphase, la grandiloquence, y compris dans la voix qui n'agresse plus mais semble se faire plaisir. Rapidement (au bout de deux titres, soit près de 25 minutes !), on décide de prendre du recul, car l'intérêt pour moi est très limité (et pas que pour moi, vu les cris de certains spectateurs réclamant la suite avec une impatience évidente), et je ressors avec un fort sentiment de gâchis, car si les groupes ont évidemment le droit d'évoluer, là c'est un virage à 180° qui vient d'être effectué, et je ne peux que le regretter...

 

On est à une demi-heure de retard lorsque les lumières s'éteignent sur le scène, qu'on entend une musique classique (a priori le lamentatio du Dies Irae de Penderecki, un oratorio en hommage aux victimes d'Auschwitz), avant de voir arriver un quintet qui entame la soirée avec un set in motion memories pas forcément reconnaissable immédiatement, les quatre musiciens (deux guitares, basse, batterie) de formant un bel écrin aux titres interprétés par un Philippe Pascal émacié, à la voix étonnamment intacte, et qui a conservé le charisme qu'il pouvait dégager en ces années charnières entre 70's et 80's. Le groupe Marquis de Sade enchaîne alors sur henry, lui aussi tiré du premier album "dantzig twist", et qui s'avère lui aussi bluffant, et confirme qu'on a bien fait de casser la tirelire, surtout si le reste de la prestation est à l'avenant. Pas la peine de ménager le suspense, il n'y aura pas de baisse de qualité au fil des minutes, et si ce premier album formera la majorité de la set-list, le second "rue de siam" ne sera pas délaissé, entamé par une superbe version de final fog qui démontre que même avec un groupe à l'époque en approche de scission, on avait droit à de sacrés morceaux ! Un claviériste (très important sur certains titres, ainsi walls ou conrad veidt) ainsi que Daniel Paboeuf (sax, clarinette) ont rejoint leurs acolytes, cela permet de retrouver les sonorités d'origine, même si régulièrement il faut un temps certain pour reconnaître tel ou tel titre, tant le travail d'arrangement a été poussé - il ne s'agit pas de retrouver le son exact de l'époque, qui comportait ses limites. Pour la forme, on note que Franck Darcel est bien meilleur guitariste que chanteur (hormis peut-être en allemand), mais c'est presque du détail, et si nacht und nebel est aussi rapide qu'en 1979, ce n'est pas pour déplaire aux spectateurs, dont la moyenne d'âge dépasse la cinquantaine d'années, mais qui font preuve d'un bel enthousiasme. Date parisienne, donc éventuellement date à bonus, et pour le coup c'est le groupe qui se fait plaisir, puisque l'intervention d’Étienne Daho (très sobre, sur une reprise du Velvet) puis celle de Pascal Obispo (bien plus exubérant, tant vocalement que scéniquement, sur un wanda's loving boy qui méritait un autre traitement) n'apportent pas grand chose, hormis certains sourires narquois ou ricanements en douce dans la fosse. Certains titres sont plus calmes, ils n'en perdent néanmoins jamais leur attrait, mais on sent que l'enchaînement walls/conrad veidt  correspond aux attentes du public, même si on n'omettra pas de citer cancer and drugs ou smiles dans la liste des morceaux de bravoure du soir. Presque tout au long du set, on remarque, sans que cela soit trop obsédant, des vidéos en fond de scène qui attirent l’œil mais sont plus des suites d'images que des petits films à suivre intégralement, on notera que sur conrad veidt l'effet est parfait, il y a eu un beau travail de préparation à ce sujet. Et si les interventions de Daniel Paboeuf sont parfois un peu datées, elles apportent beaucoup la plupart du temps, preuve que le sax ou la clarinette ne sont pas que des instruments réservés au jazz ! Au bout d'une heure vingt, le groupe se retire, mais sous les appels des spectateurs revient sur scène, sans nouveau morceau mais en exécutant de nouveau henry en guise de rappel, avec ce coup-ci l'apport de Daniel Paboeuf, et lorsque les lumières se rallument définitivement, il est plus de minuit et demie, on vient d'avoir droit à 85 minutes excellentes, et on ne regrette évidemment pas d'être venu, car hormis pour ceux les ayant vus à l'époque, rares étaient ceux qui imaginaient pouvoir un jour assister à la reformation de ce groupe mythique, dont les dissensions étaient connues. Cela laisse donc un peu d'espoir à ceux qui attendraient d'autres reformations improbables, on peut citer au hasard (et rien qu'en France) Starshooter, OTH ou autres Roadrunners...

 

Set-list trouvée en ligne, dont, fort de certains doutes, je ne garantis ni la complétude ni l'exactitude :

  1. Intro : "Lamentatio" ("Dies Irae" de Krzysztof Penderecki)
  2. Set in Motion Memories
  3. Henry
  4. Who Said Why?
  5. Final Fog (Brouillard Définitif)
  6. Boys Boys
  7. Smiles
  8. Air Tight Cell
  9. Rue de Siam
  10. Nacht Und Nebel
  11. Ocean
  12. Cancer and Drugs
  13. Skin Disease
  14. Silent World
  15. Wanda's Loving Boy
  16. Walls
  17. Conrad Veidt
  18. Rappel : Henry

 

La suite, c'est dès ce lundi soir, au Café de la Danse, avec the Legendary Tigerman.