Date : jeudi 26 avril 2018

 

Drôle d'impression quand on entre dans le Trabendo ce jeudi : si on est 20 spectateurs sur les coups de 19h30, c'est bien un maximum, on se demande bien où est le public du soir, et lorsque la première partie entame sa prestation, une vingtaine de minutes plus tard, on n'a pas doublé ce chiffre famélique...

 

Pourtant, il faudrait être de mauvaise foi pour dire que les 35 grosses minutes du duo américain Buck Gooter ne surprennent personne, tant l'attitude et la musique peuvent être inattendues pour le pékin lambda qui ne s'est pas renseigné au préalable. Vous voyez arriver un guitariste, de retour des croisades avec son camail, qui de temps en temps s'occupera du chant (on y reviendra), et un chanteur-hurleur survolté, qui gèrera également les machines, les percussions (y compris une chaîne de vélo assortie de clochettes...) et le theremin, tout en n'oubliant pas la partie théâtrale de la prestation, puisqu'il en fera beaucoup (trop ?), avec forces grimaces, gestes et sauts de grenouilles ou de King-Kong. On a abordé la partie visuelle, passons maintenant à la partie musicale : pour donner quelques pistes, car on ne se risquera pas à aller au delà, disons qu'on a droit à un groupe intermédiaire entre Sleaford Mods, La Muerte et Alien Sex Fiend, ce qui est globalement plutôt positif l'essentiel du temps. Évidemment, il faut émettre un bémol : lorsque le tempo se ralentit, et qu'on se rapproche de sonorités plus tribales, on pourrait y trouver des accointances avec un Virgin Prunes, par exemple, mais le bât blesse sérieusement au niveau du chant du guitariste, qui nous emmène dans un domaine bien moins intéressant, entre chant grégorien et dark-folk (j'exagère à peine), et il faut attendre de retrouver le chanteur se flageller avec sa chaine de vélo pour retrouver de la passion et de l'intérêt musical. Bref, si certaines premières parties sont mièvres, ce soir ce n'est pas le cas du tout, et sans accrocher à l'intégralité du set, je dois avouer avoir été un poil bluffé, et ne regrette pas d'avoir fait partie des 50 spectateurs parisiens à y avoir assisté !

 

De manière surprenante, la salle va se remplir presque d'un coup - enfin, quand je dis remplir, disons que la fosse et ses abords seront bien denses, en revanche cela n'ira pas beaucoup plus loin - cinq minutes avant que le trio américain A Place To Bury Strangers n'entame son show. Guitare, basse, batterie, a priori rien de spectaculaire pour le groupe qui se proclamerait "le plus bruyant de New York", mais on comprend très vite à quoi cela fait référence : si le guitariste et la batteuse vont se partager l'essentiel des voix, musicalement le larsen a droit à une mise en œuvre quasi permanente, dès le titre initial we've come so far, et cet état de fait ne sera remis en cause que sur un titre en milieu de set, un genre de ballade déviante chanté par la batteuse, sans doute l'occasion pour chacun des musiciens de recharger un peu les accus. Car ce qui est évident, c'est que personne n'en garde sous la pédale, chaque titre est joué à fond, et on ne parle pas que du niveau sonore (on n'imagine pas ce que cela donnerait sans limiteur...). Visuellement, il y a un parti pris, qui est de rarement permettre au spectateur de voir les musiciens à l’œuvre, alors on va alterner entre éclairage blanc aveuglant, parfois en version stroboscopique, et éclairages bien plus sombres, qui ne laissent deviner que les ombres fantomatiques des membres du trio, et il faut avouer que cette mise en scène est elle aussi efficace. Je dis aussi, car musicalement c'est un vrai choc, on alterne (en version larsenisée, je le rappelle) souvent entre Joy Divison, Jesus and Mary Chain, Raveonettes et Suicide, autant dire qu'il n'y a pas grand chose à retirer de tout cela. Le groupe joue, ne perd pas de temps en parlotte inutile, et le public est comblé par cet enchaînement d'uppercuts sonores. Il le sera encore plus, lorsque le bassiste, après avoir jeté plusieurs fois son instrument au sol, descend dans la fosse, vient s'y installer, est rejoint pas son acolyte guitariste, et on a donc droit à un titre interprété depuis la fosse, ça non plus ce n'était pas attendu, et n'allez pas croire que ce morceau est moins puissant que le reste de la set-list... Après ce moment de simili-bravoure, le groupe remonte sur scène, et on aura (enfin ?) droit à entendre la voix du bassiste, pour constater que lorsqu'il chante, sa voix est super trafiquée, cela permet de donner une autre tonalité à certains titres, et à partir du moment où cela n'est pas permanent on s'en contente largement. Après 62 minutes, le groupe plie les gaules, annonce que le set est terminé, et... c'est réellement le cas : pas de rappel, tout à été dit en une grosse heure, et le public quitte la salle sans ronchonner le moins du monde, nous avons eu ce que nous venions chercher, et on peut juste regretter de ne pas avoir eu une salle plus remplie !

 

La suite, ce n'est théoriquement pas avant le 11 mai (And Also the Trees, toujours au Trabendo), alors on va se concentrer sur la radio : Frustration est invité chez Konstroy ce dimanche !