Date : lundi 23 avril 2018

 

 

Le Point Éphémère affiche complet en ce lundi soir, avec un public jeune (on est en dessous de 25 ans de moyenne), féminin (peut-être même majoritairement), et international (ça parle anglais, espagnol, et parfois français). Mais pour une fois, on n’aura pas le sentiment d’être dans une boîte de sardines, et c’est appréciable…

 

Pour entamer la soirée, c’est un trio très jeune, lui aussi (le chanteur-bassiste fête ses 18 ans ce soir !) qui s’installe sur scène : Edgar Deception est composé, en sus du jeune homme suscité, d’une batteuse et d’une guitariste-choriste, on notera donc que pour une fois la guitare est réservée à une femme, et même si souvent il ne s’agit que d’accompagner la rythmique, la demoiselle s’en sort la plupart du temps avec les honneurs. Si le trio commence son set par un morceau avec du clavier très largement dispensable, ce qui suit est plutôt orienté pop-punk, bien fait, sautillant, mais on va constater que le groupe ne se limite pas au "punk fragile" annoncé, mélangeant allègrement toutes les influences supposées des musiciens, avec des envolées flirtant avec le grunge, un titre un peu plus pop-rock, une once de prog pour montrer qu'ils n'ont pas uniquement bon goût... Les morceaux s'enchaînent, de manière un peu étrange puisque souvent le public ne sait pas s'il peut applaudir ou non, les fins des titres n'étant pas vraiment évidents à déceler. Parfois les jeunes n'hésitent pas à se rapprocher de la scène new-wave anglaise des années 80 (Echo & the Bunnymen, Microdisney), je me sens plus intéressé lorsque c'est du côté de Jesus & Mary Chain ou Crime & the City Solution qu'ils lorgnent, mais vous l'aurez compris il n'y a pas forcément de ligne musicale bien franche. Tout cela est bien joué, on l'a dit, chacun des musiciens a fait ses gammes avant de monter un groupe, et si on peut ergoter sur un point, c'est au niveau des interventions de la guitariste, qui assume difficilement le rôle de porte-parole, tant par une voix un peu énervante que par des propos légèrement malaisants, tant on sent que ce rôle ne lui convient guère. Mais si on oublie cet état de fait, et qu'on en reste aux 35 minutes de set, on ne se plaint pas de cette première partie, qui pourra sans doute devenir très intéressante si elle réussit à canaliser son énergie et surtout ses idées.

 

Une petite demi-heure de changement de plateau plus tard, et c'est un quatuor 100% féminin, et relativement international, qui arrive sur scène : Hinds (les biches, pas les postérieurs...) est composé d'une batteuse néerlandaise, d'une bassiste espagnole, d'une chanteuse-guitariste espagnole, et d'une deuxième chanteuse-guitariste franco-espagnole. Le groupe vient de sortir son deuxième album "I don't run" (que je n'ai bien entendu pas encore écouté), mais il ne va pas se contenter d'en présenter les nouveaux morceaux, puisqu'il piochera allègrement dans l'album précédent pour une set-list très partagée, ce qui ravira bien évidemment les fans qui composent une bonne partie du public. Si la musique est généralement qualifiée de "garage rock", elle m’évoquera pas mal les girl bands des années 60, les deux voix (l'une assez haute, l'autre presque aiguë et cassée) se complétant souvent avec une belle réussite, même si parfois on n'est pas si éloigné d'une petite douleur auditive. En dehors d'un titre plus calme et moins intéressant, les morceaux proposés ce soir sont souvent bien énergiques, n'hésitent pas à flirter avec une petite dissonance bienvenue, et on note surtout qu'en dépit d'un évident travail en amont les quatre filles s'amusent sur scène, tant dans certaines chorégraphies volontairement ridicules que dans une non-prise de tête largement appréciable. Les spectateurs se trémoussent à qui mieux mieux, au grand plaisir des musiciennes, et lorsqu'il faut faire dans le rentre-dedans, pas d'hésitation, Hinds répond avec aplomb à son slogan "we came here to rock" en n'hésitant pas à durcir le ton au besoin. On retiendra pour la bonne bouche un tester d'extrême qualité, une reprise du davey crockett bien plus déjantée que l'original de Thee Headcoatees, et on s'aperçoit au bout de 55 minutes que le temps a filé sans qu'on s'en aperçoive, le groupe peut quitter la scène en nous ayant emmené dans son univers, et s'il reviendra pour trois titres en rappel, ce ne sera qu'une bonification à un set qui en valait déjà largement le coup. La chanteuse à la voix la moins criarde se permettra d'ailleurs un long passage dans la fosse, preuve que ces donzelles ne craignent pas grand chose, et on ne regrettera en rien d'avoir assisté à ces 67 minutes fun, sympa, qui donnent envie de dégotter ce deuxième album autant que de revoir le groupe sur scène, car on se doute que c'est bien là qu'elles sont le plus efficaces, et qu'elles y réussissent à métamorphoser certains morceaux qui n'attireraient pas forcément l'oreille sur disque. Une belle découverte en live donc, qui aura largement accru la bonne impression que leur premier album pouvait avoir laissé !


La suite, ce sera dès jeudi soir, au Trabendo, avec quelque chose de plus brutal, musicalement parlant : A Place To Bury Strangers est de retour...