Date : jeudi 12 avril 2018

 

Cela faisait presque trois ans que je n'avais pas mis les pieds à la Dynamo de Banlieues Bleues, non pas que le fait de devoir dépasser le périphérique me rebute (on est à Pantin, ici), c'est juste que l'occasion (via la programmation) ne s'était pas présentée depuis le concert des Sleaford Mods. Ce soir, on doit frôler le sold-out, dans le cadre du Festival Banlieues Bleues, avec un public où les âges et les genres sont bien mélangés, et où l'ambiance est très tranquille...

 

Pour démarrer la soirée, c'est un groupe de pas moins de sept membres qui arrive sur scène : Anarchist Republic of Bzzz est un projet international (France / Turquie / États-Unis / Pays-Bas / Royaume-Uni), qui inclut des instruments rock classiques (guitare, basse) comme d'autres bien moins habituels (cymbalum, derbouki, nay, percussions électro-acoustiques...), ainsi que deux rappeurs pour gérer la plupart des voix. Si le groupe est présenté comme un entrelacs de "free noise, rap insoumis et transe orientale", l'explication en est simple : il y a effectivement des sonorités noise, particulièrement au niveau guitare et basse, voire cymbalum électrique, le chant est clairement rappé, et les instruments orientaux assurent des rythmiques entêtantes. Les musiciens empilent donc des couches, au sein desquelles on décèle de temps à autres des choses sympathiques, mais je dois avouer qu'au bout du compte tout cela me laisse un poil froid. En effet, clairement les sept sont heureux d'être sur scène, c'est évident, ils se font plaisir, mais je suis loin de ressentir la même chose : tout au long des 48 minutes du set, j'attends que la sauce prenne suffisamment pour m'emporter, mais finalement je constate qu'il doit y avoir trop de couches musicales pour réussir à m'atteindre plus que par bribes de quelques secondes à la fois. En sus, les quelques apartés sont d'un intérêt relatif, et comme ce n'est pas le chant qui pourrait me ramener à de meilleurs sentiments... On notera en sus des vidéos de Kiki Bazooka en guise de fond de scène, on reconnaît la patte du bonhomme, mais on reste un tantinet perplexe, car on cherche un sens à ces images traficotées, où la nudité ne semble pas autre chose qu'un alibi. Bref, on ne conservera pas forcément un souvenir mémorable de ce premier concert du projet, à qui on peut laisser le bénéfice du doute de la nouveauté sur scène...

 

Pour être franc, c'est surtout pour the Ex que je suis venu jusqu'ici en ce jeudi soir, appâté par un dernier album des Bataves censé revenir à des sonorités moins world et plus rock/noise que leurs activités de ces grosses dix dernières années. Il faut également dire que cela fait dix ans que je n'avais plus vu le groupe sur scène, refroidi que j'avais été devant une dérive musicale qui ne m'attirait guère l'oreille. Il y a donc un poil d'appréhension ce soir, mais il ne faudra que quelques secondes du this car is my quest inaugural pour être rassuré : le quatuor (une batteuse derrière trois guitaristes, dont un chanteur) est effectivement revenu à ce qui faisait tout son sel initial, c'est-à-dire des morceaux qui prennent le temps de se monter et de nous envahir, une rythmique obsessionnelle, et de l'énergie et de l'excitation à revendre ! Le groupe est là pour présenter son nouvel album "27 passports", la grande majorité des morceaux qui sont exécutés ce soir en sont issus, et au final on n'aura qu'une envie, celle de se jeter sur le stand de merch' pour repartir avec... Car il n'y a vraiment pas grand chose à jeter dans ce qui nous est proposé, même l'instrumental footfall vaut le coup, et lorsque c'est la batteuse Kat qui chante (birth), il n'y a pas de baisse par rapport au chant d'Arnold, le "nouveau" (depuis bientôt 10 ans, tout de même !) préposé à la tâche. Car si je n'avais pas encore eu l'occasion de voir sur scène le successeur de GW Sok, historique leader du groupe, on ne peut que remarquer qu'il assure totalement son rôle, et que si le charisme de son prédécesseur lui fait un tout petit peu défaut, il compense par une activité différente, un jeu de guitare par petites touches dans les aigus par exemple, et ses acolytes plus expérimentés semblent lui faire une confiance aveugle. Hormis Kat, coincée derrière ses fûts, les musiciens n’hésitent pas à bouger, se rapprocher du public, se bousculer à l'occasion, et le public apprécie hautement cette prestation, qui se termine après 54 minutes extrêmement intenses, mais chacun en reveut encore une dose...

Alors le quatuor revient sur scène, sans vraiment se faire prier, et ce rappel sera l'occasion pour l'un des amis éthiopiens du groupe de venir danser avec les musiciens, faisant preuve de souplesse et d'un sens de l'équilibre surprenant, et il serait difficile de faire la fine bouche devant ce qui nous est présenté comme le dernier titre de la soirée. Le public commence ainsi à quitter la salle, se disant sans doute que le groupe a rempli son contrat avec cette heure bien dense, mais les plus pressés auront assurément eu tort, puisque c'est un second rappel qui nous est offert, sous la forme d'un maybe i was the pilot d'anthologie, pas besoin de remonter trop le temps pour surchauffer les spectateurs, c'est un final en apothéose, et si j'avais de légers doutes en arrivant, je n'en ai plus au bout de ce concert : la prochaine venue de The Ex dans nos contrées m'incitera certainement à sortir de ma caverne, ces moments sont suffisamment rares pour ne pas être ratés !

 

Set-list (possiblement proche de la réalité) :

  1. this car is my quest
  2. footfall
  3. the heart conductor
  4. piecemeal
  5. birth
  6. the sitting chins
  7. new blank document
  8. soon all cities
  9. Rappel : how think you thick
  10. Rappel 2 : maybe i was the pilot

 

La suite, ce sera peut-être un petit tour à la Comedia dans le week-end, mais en ce qui concerne les certitudes, il y a le retour de Christian Death jeudi prochain, puis celui des Nits au Petit Bain, le lendemain, et encore Norma Loy au Supersonic le dimanche soir, suivi de Hinds au Point FMR. La saison reprend enfin !