Date : samedi 10 février 2018

 

Toute la semaine, on a espéré que la neige ne contrarie pas nos plans, heureusement le redoux arrive pour le week-end, ça tombe bien,c'est seulement samedi qu'on roule jusqu'à Beauvais, pour retrouver l'Ouvre-Boîte, une salle que l'on avait jusque là visitée il y a 10 ans avec Dominic Sonic...

 

Après avoir patienté dans le kebab du coin (les portes n'ouvrent qu'à 20h30 précises, il fait froid, et le videur ne laisse entrer que 4 spectateurs à la fois...), on retrouve la grande salle carrée, avec une scène haute, une régie bien implantée en milieu de salle, et un bar bien achalandé où la pression de base est à 5 € la pinte...

21h00, les lumières s'éteignent, on n'a pas le temps de reprendre la conversation entamée avec une connaissance pas vue depuis 30 ans, mais l'essentiel est tout de même sur scène, puisque Charles de Goal vient confirmer le concert de décembre dernier à la Maro, devant une assemblée que l'on aurait pu espérer plus importante, mais cela ne semblera pas déranger le groupe. Celui-ci nous propose une set-list semblable à celle d'il y a deux mois, c'est-à-dire presque chronologique, ce qui correspond également un peu à la montée en puissance du quatuor au fil des minutes. Entendez-moi bien, personne n'oserait dire que l'introductif frédéric n'est pas excitant, ou qu'on attend que le temps passe pendant radio on ou modem, loin de là, c'est juste que la fin du set sera ENCORE PLUS impressionnante que son début. Ces vieux titres, réarrangés depuis l'arrivée de Dimi derrière sa batterie, sont très efficaces, et si cela ne bouge guère dans la salle, c'est sans doute plus par méconnaissance de la musique qu'autre chose... On retrouve aussi les chœurs haut-perchés de Dimi sur ambiance répétitive, preuve que le bonhomme a bel et bien fait son trou parmi ses acolytes, on constatera d'ailleurs en permanence que les membres du groupe sont très attentifs les uns aux autres, mais également heureux d'être là, la connivence est évidence depuis la fosse, et cela se ressent également musicalement, bien sûr. Thierry n'hésite pas, lui non plus, à distiller de petits sons étranges sur zigzag, via sa boîte à bidouilles et non sa guitare, et on finit par avoir l'impression que le public apprécie ce qui se passe sur scène - sans pour autant que cela ne s'agite particulièrement, mais les applaudissements entre les morceaux ne sont pas de complaisance. On monte d'un degré dans l'excitation lorsqu'on commence à aborder les titres de la période "moderne", avec passion/éternité et (surtout ?) hais-toi !, attendu et extrêmement apprécié, mais c'est lorsque 7x démarre que le groupe peut montrer de quel bois il se chauffe : le double album "mobilisation/résistance", quasi impeccable en version studio, montre toute sa force en live, et ce ne sont pas les quelques petits pains de Patrick sur sa guitare qui vont gâcher cette démonstration ! Les quatre titres d'affilée du dernier album en date ne laissent pas indifférents, y compris lorsque une certaine incompréhension se fait entendre sur à feu et à sang : la responsabilité du batteur semble engagée, pour le coup, mais il se rattrapera très vite, car son utilisation d'une scie (musicale ?) se fait en mode percussif et ô combien visuel, on sent qu'il se lâche sacrément (la scie est pourtant un poil rétive), et cela s'entend bien dans les enceintes ! La prestation n'avait qu'à peine dépassé les 3/4 d'heure en décembre, finissant sur un blackpool dansant quoique ironique, ce soir chacun des deux groupes partageant l'affiche a droit à une heure tout rond, c'est pourquoi va pouvoir débouler le rigolard mais très rapide finger weg, en fin duquel Patrick casse une corde, mais il ne prend pas le temps de la changer. Il exécutera donc les deux derniers morceaux avec 5 cordes simplement, sans forcément que cela soit audible, au passage : régularisez-moi est un morceau qui démarre tranquillement, mais qui explose assez rapidement, quant à kling-klang son absence aurait fait tache (il avait manqué, à la Maro), le groupe finit ainsi en beauté un set encore plus carré (est-ce possible ?) qu'il y a deux mois. Et si le micro de Patrick donne des signes de faiblesse au moment des remerciements, c'est sans doute histoire de ne pas laisser d'illusions au public, il faut en finir là-dessus, en enviant les spectateurs italiens et allemands qui vont pouvoir avoir le privilège de voir Charles de Goal sur scène en mars...

Set-list :

  1. frédéric
  2. radio on
  3. modem
  4. ambiance répétitive
  5. zigzag
  6. passion/éternité
  7. hais-toi !
  8. 7x
  9. à feu et à sang
  10. larmes à gauche
  11. blackpool
  12. finger weg
  13. régularisez-moi
  14. kling klang

 

Un petit quart d'heure de changement de plateau, et c'est Jessica 93 qui se pointe, le désormais quatuor terminant sa tournée européenne ce soir. Il entame son set avec un morceau qui me semble nouveau, mais je peux me tromper en ayant l'impression qu'il a un rapport avec Johnny... On le sait, les choses ont changé depuis les débuts du groupe, depuis le temps où le seul Geoffrey montait ses titres à coups de boucles qui permettaient aux morceaux de prendre le temps de se mettre en place, car désormais il est accompagné d'un second guitariste, d'un bassiste et d'un batteur-percussionniste-chargé de boîte à rythmes, autant dire qu'il n'y a pas de montée en puissance, dès les premières secondes c'est du gros son, et si les musiques restent entêtantes, certains préféraient l'aspect "bricolage" de la chose. Pour ma part, je ne regrette rien, les deux façons de faire ont leurs avantages, et je ne vois guère d'inconvénients à la dernière en date, qui offre une ampleur impressionnante dans la salle, et permet de varier plus rapidement, le bassiste pouvant également montrer son savoir-faire, autant que chacun des deux gratteux. Le groupe s'appuie sur son dernier album "guilty species", bien sûr, mais ne rechigne pas à proposer des titres plus anciens, qui continuent de marcher à plein, et on voit que cela bouge par endroits dans la fosse, il semble évident que certains ne sont venus que pour Jessica93 - mais on ne parierait pas que ce soit le cas pour la majorité des spectateurs, car on notera au fil des minutes une lente désertion dans la salle... Pourtant, le groupe fait ce qu'il faut, il sait y faire en matière de mélange de grunge, de cold et de post-punk, et si David Snug est un peu moins bavard qu'à l'habitude derrière ses fûts, c'est peut-être qu'il est un poil dépité de se planter plusieurs fois dans les lancements des titres - il n'hésitera pourtant pas à provoquer, en vain, le public en lançant un tonitruant "bonne ambiance à Amiens !". On constate également que les titres, même nouveaux, évoluent au fil du temps, bed bugs par exemple semble avoir quelques parties presque dépouillées, et Geoff présente quelques thèmes qui apparaissent dans les morceaux, des drogues à la psychiatrie (mental institution). Comme pour CDG, le temps est limité à une heure, on sait donc qu'il n'est pas question d'espérer le moindre rappel (les lumières se rallumeront d'ailleurs très vite après que les musiciens aient quitté la scène), dans tous les cas cette prestation m'aura largement satisfait, et je ne regrette évidemment pas d'avoir réussi à venir à Beauvais en ce samedi soir (merci à Thierry, Fred et Marie !). En ce qui concerne Jessica 93, il est aussi tout à fait possible qu'on retourne les voir à la Clef fin mars...

 

La suite, ce sera assurément Litovsk aux Instants Chavirés d'ici une petite quinzaine. Mais il pourrait bien y avoir d'autres festivités d'ici là, comme Pierre et Bastien à l'Olympic ou Louis Lingg and the Bombs à la Comedia...