Date : samedi 3 février 2018

 

La crue de la Seine aura eu au moins une conséquence musicale : le concert de ce samedi prévu au Petit Bain est tombé à l'eau, mais il a été transporté au Trabendo, le concert de Jacob Forever qui y était initialement prévu étant annulé. Visiblement cette annulation n'a pas été accompagnée d'une information claire aux spectateurs, puisqu'on trouvera un couple bien désappointé à l'entrée de la salle...

 

La date au Petit Bain était complète depuis longtemps, celle de ce soir n'a pas mis trois jours à l'être également, mais il n'y a pas encore grand monde vers 19h30, quand on se pointe sur place. Un quart d'heure plus tard, en revanche, lorsque les lumières s'éteignent, il y a un afflux soudain - le fait d'avoir annoncé le timing depuis la veille a sans doute incité le public à arriver juste à l'heure, histoire de ne pas trop poireauter sous la bruine qui ne nous lâche guère depuis quelques semaines. Le quatuor qui se pointe sur scène arbore un nom mythique, puisque Crisis n'a vécu que trois ans avant de s'éteindre en 1980, ne laissant derrière lui qu'une paire de singles et un mini-album, mais également une réputation de groupe très engagé à l'extrême gauche et dont l'évolution future du leader Douglas Pearce (Death in June, Current 93) a créé beaucoup de controverses. Ce soir, Douglas n'est pas là, il ne faut d'ailleurs apparemment pas lui parler de Crisis, en revanche on retrouve le bassiste Tony Wakeford, qui pour cette reformation et la tournée entamée l'an passée s'est entouré de musiciens confirmés (guitariste d'ATV, batteur d'Autorotation, chanteur de Naevus), ce qui prête le flanc à la critique chez beaucoup de spectateurs, qui sont quand même venus voir en espérant ne pas être déçus... Le groupe connaît quelques soucis technique en début de set, mais finit par démarrer, et nous propose une set-list conforme à celle de ses concerts précédents, s'appuyant sur les quelques titres existant sur les rares compilations existantes, en partant du premier single no town hall qui confirme le son que l'on pouvait en connaître en version studio. Bien sûr, on ne sent pas cette agressivité qui devait prédominer il y a quarante ans, et les enchaînements ne sont pas toujours très aisés, mais on s'en contente allègrement, il n'y a qu'à noter la reprise en chœur du refrain sur white youth pour le prouver. Scéniquement, le groupe n'est pas non plus spectaculaire, chacun reste à sa place, mais on n'a tout de même pas la sensation d'un travail de routine, le nouveau chanteur semble bien ressentir les titres, et le son, presque déplorable sur le tout début du set, atteint rapidement une bonne qualité, ce qui aide à rentrer dans le set... Le public n'est guère démonstratif, on le sent hyper attentif, et la nouvelle d'un tout nouveau titre, the hammer and the anvil, pourrait laisser augurer de nouveaux enregistrements et non pas d'un one-shot, ce qui pourrait également laisser espérer un plus grand laisser aller sur scène, là on sent qu'il s'agit d'être carré et de ne pas faire d'erreur pour ne pas froisser les spectateurs... Musicalement, on comprend pourquoi Crisis est souvent cité comme influence par les membres de Frustration, car sans vraiment être des copies l'un de l'autre on peut reconnaître dans l'aspect martial de Crisis quelque chose qui était prégnant aux débuts de Frustration. Les titres sont assez souvent explicites, et en relation avec l'aspect politisé du groupe, et ce red brigades sur lequel le chanteur utilise un mégaphone pourrait être rapproché des t-shirt "RAF" ou "Brigade Rosse" que Joe Strummer arborait à la même époque. Le groupe fait une petite allusion au groupe suivant pour introduire frustration, le français est d'ailleurs souvent utilisé, histoire de mieux se faire comprendre, et on a droit au dernier titre écrit par le groupe (première période) avec ce all alone in her nirvana qui est plutôt pas mal non plus. Comme il l'avait déjà fait en Italie, Fabrice (de Frustration) est invité à chanter sur holocaust, ce qu'il s'empresse de faire avec joie et fierté, et le groupe peut quitter la scène avec le sentiment du devoir accompli. Enfin, c'est une fausse sortie, puisque le quatuor revient presque immédiatement pour un kanada kommando final, histoire de boucler cette heure qui, si elle n'aura pas constitué le concert du siècle, aura quand même échappé aux craintes de certains : non, cela n'était pas mou du genou, non, cela n'était pas pathétique, mais c'était à mon sens (je l'espère vivement) une belle amorce de retour pour un groupe qui va continuer sa deuxième vie en prenant de plus en plus d'assurance sur scène !

 

Set-list :

  1. no town hall
  2. pc 1984
  3. white youth
  4. back in the ussr
  5. alienation
  6. on tv
  7. afraid
  8. laughing
  9. the hammer and the anvil
  10. militant
  11. red brigades
  12. brückwood hospital
  13. kill kill kill
  14. frustration
  15. all alone in her nirvana
  16. uk '79
  17. holocaust
  18. Rappel : kanada kommando

 

On ne sait pas si la majeure partie du public était venue pour le premier ou le second groupe, on pourra tout de même noter que les énervés que l'on avait pu voir aux derniers concerts parisiens de Frustration ne sont pas là, le public d'ailleurs a "une moyenne d'âge de 61 ans" dira Fabrice avec malice au cours du set, sans aller jusque là c'est vrai qu'il n'y a pas beaucoup de jeunes ce soir, ce qui fait qu'on verra une fosse bouger, quelques slammeurs s'en donner à cœur joie, mais sans dépasser les limites comme à la Machine il y a quelques mois... Le groupe a décidé d'abandonner sa set-list bien rodée depuis quelques mois pour y réintroduire des titres anciens, histoire de marquer le coup ("vous imaginez ce que ça nous fait de jouer avec Crisis ?" demandera Fabrice en début de set), c'est d'ailleurs avec we have some que cela démarre, histoire de mettre au point les choses d'entrée de jeu ! On apprendra plus tard que cette set-list a été rodée la veille à Amiens, et les retours aussi enthousiastes côté spectateurs que côté musiciens seront sans doute équivalents ce soir... Car ce mélange de titres récents et pour le moins efficaces (dreams laws rights and duties, excess) et de pépites préhistoriques (adrenaline, on the rise) ne peut que susciter l'exaltation dans le public, qui sait aussi qu'il peut être surpris à chaque instant (vous attendiez relax, vous ?), ce qui ajoute encore du piment à la soirée. Bien sûr, on retrouve tout de même pas mal des trésors habituels (uncivilized, l'une de mes préférées, mais aussi les très travaillées empires of shame ou mother earth in rags, tirées du dernier album en date), ce qui sied à chacun dans la salle. Le groupe est comme souvent très à l'aise, bassiste et guitariste se rapprocheront plusieurs fois avec un sourire permanent, Junior aura droit à un son de claviers quasi parfait, et Mark, qui semble caché très bas derrière ses fûts, ne ménage pas ses efforts, y compris au niveau des chœurs. Fabrice, un poil moins bavard qu'à l'habitude, est concentré comme jamais, il ne s'agirait pas de se planter, surtout pas pour CE concert; alors tout le monde est au taquet, et les titres s'écoulent l'un après l'autre, ne laissant pas de temps de repos aux spectateurs. Après un assassination toujours aussi percutant, le groupe quitte la scène, mais chacun sait que c'est "pour de faux", on ne va pas être abandonnés après cette cinquantaine de minutes, et effectivement le groupe revient vite sur scène, pour un rappel désormais classique, avec les deux hymnes no trouble et blind qui encadrent la reprise des obscurs Visitors écossais electric heat. Tout cela nous a amené au-delà de l'heure de set, ce qui correspond bien à une soirée avec les deux têtes d'affiche bénéficiant du même temps de jeu, et lorsque les lumières se rallument on ne voit guère de visages maussades, l'immense majorité des spectateurs ne regrettera pas d'être venue, et les musiciens ne sont pas les derniers à être satisfaits de cette soirée !

 

Set-list :

  1. we have some
  2. dreams laws rights and duties
  3. adrenaline
  4. relax
  5. it's gonna be the same
  6. on the rise
  7. just wanna hide
  8. uncivilized
  9. midlife crisis
  10. empires of shame
  11. excess
  12. angle grinder
  13. the drawback
  14. mother earth in rags
  15. assassination
  16. Rappel : no trouble
  17. electric heat
  18. blind

 

On se repose une petite semaine, et on se retrouve samedi prochain à l'Ouvre-Boîte à Beauvais, où Jessica 93 et Charles de Goal vont tenter de faire bouger Jeanne Hachette...