Date : lundi 18 décembre 2017

 

C'est lundi, dernière semaine avant les congés noëliques, et quasiment le dernier concert prévu en 2017 (normalement on sera au 96 le 30), c'est direction la Maro de nouveau (décidément, après de longs mois sans y mettre les pieds, on se retrouve dans une bonne configuration), avec une soirée annoncée quasi-complète, qui finira sold-out, cela se sentira lorsque les choses très sérieuses auront démarré.

 

Car il y a encore de la place lorsque le trio nantais Bleakness arrive sur scène, et au bout de trois secondes on comprend que cela va être fort, voire très fort, joué rapide aussi, et chanté sans beaucoup de douceur. Le punk-hardcore du groupe crée une chape de son sur la fosse, qui empêche quasiment de distinguer les différents titres, et ce ne sont pas les paroles qui vont aider, puisque le chant hurlé est relativement incompréhensible (on suppose qu'il est en anglais, mais on ne le jurerait pas). Il y a de l'énergie, c'est incontestable, mais cela est proche de la bouillie auditive, on a l'impression que le batteur n'est là que pour taper le plus fort possible, on a donc du mal à comprendre l'enthousiasme des organisateurs à propos du trio. Cependant, en prenant un peu de recul (2,50 m) et de hauteur (47 cm), le son s'améliore subitement, un a le sentiment qu'un titre au moins a des consonances quasi-post-punk, et si on revient assez vite au débit des premiers titres, c'est moins douloureux et plus largement appréciable, autant dire qu'au bout de ces 35 minutes la question demeure : le set était-il vraiment scindé en deux, ou bien l'acoustique était-elle vraiment si mauvaise dans la fosse ? La question restera posée, sans doute sans réponse...

 

Le temps de se rendre compte que ce n'est plus toujours le Clash en interlude ( on reconnaît Billy Idol...), et les quatre membres de Jessica 93 arrivent sur scène, oui j'ai bien dit quatre, car hormis les dernières performances solo de Geoff, le duo guitare-batterie que l'on avait vu accompagner le fondateur du groupe est ce soir accompagné de David Snug, qui échappé de Trotski Nautique va gérer quelques percussions et la boîte à rythmes, ainsi qu'une présence bonhomme derrière ses trois acolytes... Ce soir, contrairement à vendredi, le groupe n'est pas déguisé, mais cela n'empêche pas Geoff de se prendre un coup de jus avant même le début du set, avec son micro, étonnamment, et pour ceux qui se demandent de quoi sera composée la set-list on comprendra assez vite que le thème est "à l'envers". Cela se traduit par l'exécution de deux titres "anciens", possiblement poison et asylum, avant de voir le quatuor quitter la scène au bout de dix minutes, en remerciant pour ce "meilleur concert, meilleur public" (une blague récurrente chez Trotski Nautique). Le groupe revient ensuite, avec une reprise pour recommencer (non, ce n'est pas du Cure !), avant d'enfiler la majeure partie du dernier album, un "guilty species" qui prend une ampleur impressionnante en live, alors que la version studio n'est déjà pas si aseptisée que cela... La fosse, totalement remplie dès le début du set, bouge jusqu'à pogoter, cela peut surprendre un brin car souvent les titres sont répétitifs, hypnotiques, mais pas forcément hyper rythmés. On a la confirmation que les morceaux, immédiatement au point puisqu'il n'y a pas besoin d'empiler les boucles, sont efficaces et emplissent la salle, la basse est comme toujours omniprésente, et les deux guitaristes (Geoff ne se contente pas de chanter, bien sûr) se partagent les parties lead et rythmique, ou les parties grave ou aiguë, sans jamais s'approcher d'envolées techniques : ici, tout ce qui sort des enceintes rentre dans les tripes, et si le chant reste globalement difficile à saisir, il est tout de même bien plus assumé qu'aux débuts du projet solo. Si certains spectateurs espèrent (en vain) une reprise de Cure (Jessica 93 a repris pornography sur une K7), cela finit par agacer suffisamment Geoff pour qu'il lâche un "si tu veux entendre du Cure, va voir Cure sur scène !", mais le groupe ne sort tout de même pas du concert. Au fil des minutes, les morceaux ne perdent pas une once d'énergie ni de tension, et si on croit reconnaître ici ou là les effluves d'influences grunge, elles restent tout de même suffisamment minoritaires pour ne pas me rebuter, le côté sombre créé par la basse est soutenu par des guitares qui osent jouer du côté noise sans oublier de s'intéresser aux réactions des spectateurs, et quand on voit le festival de slams qui déboule dans la fosse, on sent que les spectateurs qui n'étaient pas conquis d'avance ont succombé à la puissance du combo. Au bout d'une heure, le groupe finit par quitter la scène, mais les lumières ne l'empêchent pas de revenir, pour un dernier rappel de deux titres et dix minutes, ce qui aboutit à une prestation d'1h20, une durée à laquelle on aurait bien ajouté un petit quart d'heure, juste pour la route... Bref, on n'avait pas vraiment de doutes en arrivant sur la qualité de ce qu'on venait voir, mais en repartant on est conforté dans l'idée qu'une visite à Beauvais en février permettrait décidément d'avoir une sacrée affiche, en associant Jessica 93 à Charles de Goal !

 

La suite, ce sera donc sans doute au bar 96 le 30 décembre, avec une soirée BatBat/David Stygmate/Lise Cabaret qui devrait être plutôt sympa...