Date : mardi 7 novembre 2017

 

C'est mardi, le Café de la Danse n'affiche pas complet, mais on se retrouvera pourtant en nombre à l'intérieur, une bonne partie du public assis, tandis que les plus courageux (ou les moins fainéants) resteront debout dans la fosse, ou à l'étage (seul le bar du bas est ouvert, bien achalandé mais pas donné).

 

Les horaires annoncés sont bien tenus, puisque Alice Animal arrive sur scène à 19h30 pétantes. La chanteuse-guitariste, seule en scène dans sa robe rouge et ses platform shoes, entame son set par un instrumental. En version solo, cela finit rapidement par tourner au guitar-hero, et je crains vraiment le pire, mais dès que le chant arrive, cela s'arrange un brin : la voix est plutôt pas mal, et les musiques sont d'une teneur rock gentillette, donc cela se laisse écouter. De là à dire que je suis enthousiasmé, il y a un pas que je ne franchirai pas, et ce n'est pas la fin du set, et le retour de l'option guitar-hero, qui me pousseront dans cette voie, mais on trouve tout de même au fil des morceaux quelques touches sonores plutôt inventives, qui font que la demi-heure (calibrée) ne fait pas forcément mal aux oreilles. Mais cela ne signifie pas non plus que j'aurai conservé une trace marquante de cette prestation d'ici quelques jours...

 

C'est pour fêter ses 40 ans de carrière que Kent est en tournée cette année, l'occasion de revisiter une bonne part de sa discographie - mais sans remonter jusqu'aux Scooters, au grand dam de certains d'ailleurs... Accompagné d'un trio basse-batterie-claviers, Kent et sa guitare entament leur show avec un morceau daté de plus de dix ans, ce les vraies gens qui met immédiatement dans l'ambiance : loin des sonorités discoïdes nimbées de nappes de claviers qui m'avaient perturbé il y a deux ans au 104, c'est bien le "son" Kent que l'on retrouve ce soir, un son qui a évolué depuis ses débuts, bien sûr, mais qui ne maltraite pas son auditeur fidèle. Comme toujours, le chanteur est très à l'aise sur scène, tout comme dans ses vêtements (un pantalon dans lequel on pourrait tenir à cinq), ceci explique peut-être qu'il n'arrive pas à entamer le panorama qui suit, malgré les efforts du public et de ses musiciens pour lui souffler les paroles, il faudra qu'on lui apporte le texte complet pour que le morceau aille jusqu'au bout - sans qu'il ait le moindre besoin d'y jeter un œil, au passage... C'est la tournée anniversaire, bien sûr, mais Kent a également sorti un album en début d'année, et il faut bien le jouer et le faire découvrir à certains (j'en fais partie, je l'avoue), ce sont ainsi deux titres à la suite qui sont exposés, et qu'il s'agisse d'éparpillé ou de un revenant, il n'y a guère de récriminations dans la salle, preuve que les titres sont au niveau. Tournée festive, mais date parisienne, on a donc droit à des invités, à commencer par Alex Beaupain, qui est invité à accompagner de la voix sur tous les mômes, pour un résultat que je qualifierai de mitigé : outre la question de l'utilité d'invités sur scène (la question vaut également pour tous les protagonistes qui suivront), et de l'apport incertain au morceau, pour le coup le phrasé de Beaupain me perturbe, et particulièrement sa prononciation de vache enragée. En effet, on ne dit pas le décorum-meuh, ni la pomm-meuh, cette insistance sur les syllabes muettes est un choix qui ne me convient pas, mais cela est relativement anecdotique. Pour le titre suivant (nouveau), c'est Tahiti Boy qui vient poser non pas sa voix mais ses doigts sur un clavier, et pour le coup cela me chagrine moins qu'il y a deux ans... On est dans un enchaînement de nouveaux titres, et on va en avoir deux qui vont être une vraie réussite, à savoir chagrin d'honneur et les oranges bleues, de quoi confirmer qu'il va vraiment falloir écouter ce nouvel opus, "la grande illusion" ! On revient à la participation d'invités avec Katel qui vient chanter avec Kent sur notre amour, et comme il y a quelques temps avec Mell je sens que cela n'est pas mon genre musical, et c'est sans doute le titre dont je me serais bien passé ce soir... Retour de Tahiti Boy sur si c'était à refaire, là encore un nouveau titre, puis c'est le chanteur de Radio Elvis qui vient nous présenter son organe (vocal) sur métropolitain, dans une version une nouvelle fois aseptisée par rapport à l'original. Mais c'est à partir de ce moment-là que la fosse va commencer à onduler gentiment, puisque le groupe reprend (enfin ?) du Starshooter, avec une version presque minimaliste de congas et maracas, qui n'empêche pas Kent de nous faire admirer son déhanché ! Le public est ravi, bien entendu, il se repose un brin pendant le temps des âmes (quand on parle de repos, on devrait plutôt mentionner une écoute attentive des textes toujours très travaillés), avant de reprendre en chœur j'aime un pays, morceau qui a retrouvé ses paroles initiales - elles avaient évolué au fil des années et de l'actualité. Dernier invité, pour une reprise (rare, le bonhomme pioche plutôt dans son propre répertoire habituellement) de David Bowie, puisque c'est Alice Animal qui remonte sur scène pour une version de scary monsters que je ne saurai évaluer : en sus d'un accent anglais à couper au couteau, je ne maîtrise pas suffisamment le David Jones pour me permettre de valider ou non cette version. En revanche, je valide sans aucun doute l'interprétation de cash, hommage à Johnny Cash, on sent dans la voix du chanteur tout le respect qu'il peut encore avoir pour le Man in Black.

Le temps des vieilleries est revenu, alors c'est betsy party (Starshooter) qui déboule dans les enceintes, à l'immense joie des anciens (et des plus jeunes aussi), mais je reste pour le moins désappointé : comment réussir à rentrer dans le morceau alors que l'intro est exécutée au clavier, et que toute la pêche d'origine a quasiment disparu ? C'est sympa, en guise de souvenir, mais je préfère revenir sur les albums de Starshooter pour m'éclater avec ce titre ! Rien à redire, en revanche, avec ici et maintenant, qui clôt le set après plus d'1h30 de show, mais comme on sait qu'il y a un curfew à 22h30, on sait qu'on a encore une demi-heure de battement, et que le groupe ne va pas s'éterniser en coulisses.

Effectivement, Kent remonte très vite sur scène, suivi de ses musiciens, et c'est encore Starshooter qui est réactivé, avec un papillon de nuit qui souffre du même symptôme que betsy party : les paroles n'ont pas pris une ride, en revanche la réorchestration fait perdre beaucoup d'intensité, et on se repenchera donc rapidement sur "pas fatigué", histoire de retrouver l'énergie qui fait un poil défaut ce soir sur ce titre. En revanche, juste quelqu'un de bien, loin de la furie punk-rock qui pouvait emporter Kent dans Starshooter, est là aussi une franche réussite, sans appui vocal, le titre à l'époque écrit pour Enzo-Enzo fait partie de l'ADN du chanteur, et le public se pâme d'émotion. On a droit également à un dernier titre du nouvel album, l'éponyme la grande illusion, il faut décidément se mettre cet album entre les tympans, et Kent et ses acolytes terminent ces deux heures de représentation par une véritable merveille : tiny tinto, très ancien 45 T (ou maxi, 45, la version que j'ai at home), est un véritable pépite offerte à son public par un Kent qui ne sera pas moqué du monde, cela aurait pour le moins été étonnant de sa part, et si on n'a pas été totalement convaincu par toutes les réorchestrations, on a tout de même apprécié ce concert généreux, et qui aura remis les choses à l'endroit, alors qu'on était resté un peu circonspect de la dernière prestation au 104. Bref, une belle soirée, et la perspective d'un bon album à écouter également !

 

Set-list :

 

  1. Les Vraies Gens
  2. Panorama
  3. Éparpillé
  4. Un revenant
  5. Tous les mômes
  6. Le cœur en automne
  7. Chagrin d'honneur
  8. Les oranges bleues
  9. Notre amour
  10. Si c'était à refaire
  11. Métropolitain
  12. Congas et maracas
  13. Le temps des âmes
  14. J'aime un pays
  15. Scary Monsters
  16. Cash
  17. Betsy Party
  18. Ici et maintenant
  19. Rappel : Papillon de nuit
  20. Juste quelqu'un de bien
  21. La grande illusion
  22. Tiny Tinto

 

La suite, ce sera ce samedi, en allant jusqu'à Charleville-Mézières pour voir Frustration (ben oui, quand on aime...).