Date : vendredi 27 octobre 2017

 

C'est vendredi, et si les vacanciers scolaires terminent leur première semaine de congés, cela n'empêche pas la Gaîté Lyrique d'afficher complet, le public étant très varié, au niveau âge, puisqu'on trouve tant des spectateurs venus en famille que des trentenaires plus autonomes, et si on découvre un nouveau bar installé juste devant l'entrée de la salle cubique, c'est plutôt la présence d'enceintes à l'extérieur de celle-ci qui surprend. En effet, pour ceux qui décident de ne pas assister à la première partie, il est finalement impossible d'y échapper, au moins au niveau audio, autant dire que certains soirs on en connaît qui vont souffrir...

 

Ce soir, c'est un quintet d'Anglaises, nommé PINS, qui est chargé de chauffer la salle, et même en arrivant un poil en retard (le groupe a dû démarrer depuis une dizaine de minutes), on devine l'essentiel très rapidement : la base est une voix qui évoque tantôt Siouxsie, tantôt Jehnny Beth (Savages), autant dire que la première impression est plutôt bonne, même si la voix de la chanteuse est tout de même bien plus aiguë que celles des deux références pré-citées. En revanche, musicalement, si certains titres emportent le morceau, on est plus circonspect devant un aspect bien trop dansant à mon goût, il manque une bonne dose de noirceur pour définitivement adopter les Mancuniennes, on leur laissera donc le bénéfice du doute, mais sans plus.

 

Il y a 4 ans, the Breeders nous avait offert au Trianon un set centré sur "last splash" (on en fêtait les 20 ans), ce soir le même album se taillera une nouvelle fois la part du lion, tout en laissant pas mal de place sur la set-list au reste de la discographie du groupe, voire des escapades annexes de Kim Deal. Autour de la chanteuse-guitariste, on retrouve sa sœur Kelley, les deux Deal semblant en pleine forme physique (c'est à noter, car cela n'a pas toujours été le cas ces dernières années), une Josephine Wiggs à la basse qui jouera sans esquisser le moindre sourire et un Jim Macpherson qui assure toujours autant derrière sa batterie. Un quatuor, donc, sans 5e élément plus ou moins caché, même si le backliner viendra jouer un peu de guitare sur une paire de titres. Indépendamment de la section rythmique très concentrée, les deux sœurs semblent très à l'aise, et si on aura toujours parfois un peu de mal à comprendre les échanges avec le public, l'ambiance est à la franche camaraderie, même si on pourra estimer que le public sera globalement assez statique tout au long du set.

Le groupe s'appuie donc sur ses valeurs sûres, entamant avec no aloha une prestation dont l'une des caractéristiques sera que le chant semblera perpétuellement sous-mixé, de manière plus générale le son semblera bien moins fort que pour la première partie, mais on finira par s'y habituer. On enchaîne donc 4 titres bien anciens, dont l'instrumental s.o.s. toujours aussi percutant, et on a droit juste derrière à un morceau inconnu de beaucoup, puisque wait in the car est le dernier 45T du groupe, tout beau tout chaud, et qui s'inscrit parfaitement dans l'écrin que les autres titres peuvent créer. Bonne surprise, donc, mais que dire des deux titres qui vont suivre ? i am decided et tipp city, non contents d'être très bons, sont des reprises "internes", puisque tirées de l'album presque solo enregistré par Kim en 1995 sous le nom de The Amps, on est de toute manière en terrain connu, mais on sent que le public apprécie très largement ces petites gâteries, et l'exécution un peu plus tard de pacer, de même origine, sèmera la même joie dans la fosse. Vieilleries, donc, toujours agrémentées de la voix toujours à la limite de la rupture de Kim, bien accompagnée par la voix bien plus puissante de sa sœur, mais également quelques pépites des deux derniers albums en date du groupe (2002 et 2008), on sait faire plaisir à tout le monde chez les Deal, et même si les transitions sont parfois brinquebalantes, l'émotion et la qualité sont bien présentes, tout en restant en permanence sur le fil du rasoir. Mais le premier moment (très) fort de la soirée arrive avec un new year incomparable, que suit un cannonball qui ne peut que susciter l'enthousiasme, autant dire que là la foule réagit comme il le faut, et on commence à voir des slammeurs - en quantité tout de même limitée. En ce qui concerne les reprises, il y a deux choix : on peut aller chercher dans le répertoire (ultra) connu, ou bien faire dans le très pointu et bien moins grand public. Ce soir, on a droit aux deux options, avec du Beatles (happiness is a warm gun, mais sacrément bien adapté) et du Amon Düül II (je dois avouer que je ne suis pas du tout au fait du krautrock allemand des 70's, et découvre donc ce archangels thunderbird), pour deux résultats un peu différents quoique aussi excitants l'un que l'autre, tout comme le glorious intercalé d'ailleurs. Pour finir le set, on a droit à un autre incontournable, ce i just wanna get along, suivi d'un do you love me now? qui en ravit plus d'un, et le groupe peut ainsi quitter la scène après 65 minutes bien réussies, mais on en attend encore plus, bien sûr !

Alors le quatuor revient, et enthousiasme la majeure partie de la salle avec un gigantic chipé aux Pixies, je dois avouer que sans Franck Black c'est presque supportable, mais cela constitue quand même l'un des rares points pas trop forts du show... Rien à redire en revanche au divine hammer, bien sûr, en revanche la reprise du drivin' on 9 (Ed's Redeeming Qualities, ça parle à quelqu'un ?), augmenté du violon de la batteuse des PINS (vous avez suivi ?), s'avère vraiment TRÈS country-folk, et je regarderais volontiers ma montre si j'en portais une... Fin des hostilités donc après 78 minutes, le groupe est heureux, il peut partir en coulisses tranquillement, avec le sentiment du devoir accompli, et certains commencent donc à quitter la salle. Ah, les malheureux ! Partir trop vite aura été une erreur, puisque le groupe, histoire de finir en beauté ce dernier concert de la tournée européenne, décide d'un second rappel, et nous voici donc embarqués avec les frangines tueuses, pour une dernière petite pépite, ce walking with a killer que Kim avait sorti en solo en 2012, ultime preuve qu'on a vraiment pioché partout ce soir... C'est donc finalement après 85 minutes que les lumières se rallumeront définitivement, on ne voit quasiment que des visages ravis autour de soi, preuve que le groupe aura réussi son coup, sans faire d'esbroufe, en misant plus sur la connivence et la qualité que sur la puissance, et les nombreux aficionados qui n'avaient pu récupérer leur sésame pour ce soir pourront donc s'en mordre les doigts !

 

Set-list probable :

  1. No Aloha
  2. Saints
  3. S.O.S.
  4. Invisible Man
  5. Wait In The Car
  6. I Am Decided
  7. Tipp City
  8. Night of Joy
  9. Fortunately Gone
  10. Pacer
  11. Bang On
  12. Off You
  13. New Year
  14. Cannonball
  15. Happiness Is a Warm Gun
  16. Glorious
  17. Hag
  18. Archangels Thunderbird
  19. I Just Wanna Get Along
  20. Do You Love Me Now?
  21. Rappel : Gigantic
  22. Divine Hammer
  23. Drivin' on 9
  24. Rappel 2 : Walking With a Killer

 

La suite, sauf sortie imprévue d'ici là, ce sera Kent au Café de la Danse d'ici une dizaine de jours.