Date : samedi 30 septembre 2017

 

Même si la capacité de la salle a été un poil limitée en ce samedi soir, le Gibus est bien rempli, avec un public pas très jeune, plutôt très looké, mais pas forcément dans un style particulier, on a plutôt le sentiment que chacun en a profité pour se vêtir selon son envie, on voit donc un mélange entre goths, rockers, punkers, casquettes ou chapeaux haut de forme, bref c'est comme vous voulez !

 

La première partie a visiblement attiré pas mal de monde, puisqu'il y a immédiatement du peuple dans la fosse, mais je dois avouer que très vite le quintet Love Magnet me pose problème, puisque d'entrée de jeu le clavier est omniprésent et mis en avant, dans une optique guère compatible avec ma claviérophobie... Très vite également, le chant à moitié parlé, et qui finalement s'avérera intégrer quelques textes en anglais parmi le français en option principale, confirme qu'il ne me convient guère, et le chanteur associé, derrière ses lunettes noires, me rappelle furieusement l'attitude scénique d'un Eudeline, autant dire que je ne suis guère transporté. Pourtant, on sent qu'il y a de bonnes idées, par exemple les quelques ruptures de rythme sont très efficaces, et quand ça groove un peu cela fonctionne très bien, mais le reste du temps je ne suis guère touché, cela me semble plus proche d'une sorte de variété rock pour m'émouvoir. En sus, le groupe annonce une reprise de Taxi Girl (en fait un titre de Daniel Darc, le seul garçon sur terre), ce qui me laisse froid, et on entend quelques solos de guitare, une autre de mes phobies musicales, bref c'est un coup dans l'eau en ce qui me concerne. Mais le reste des spectateurs apprécie les trois quarts d'heure de set, y compris en réclamant un rappel (qui ne viendra pas), on en profite donc pour aller finir sa bière à l'écart, en attendant la suite avec impatience et une pointe d'appréhension...

 

Car lors de sa venue à la Java il y a trois ans, je n'avais pas été totalement convaincu (euphémisme !) par le Lene Lovich Band, tant le groupe qui accompagnait la diva semblait peu au point, les titres exécutés avaient été parfois à la limite du massacre, et je m'étais vraiment posé la question de jamais revoir Lene sur scène. Heureusement, dès les premières secondes l'incertitude est levée, le groupe (une guitariste imperturbable, une bassiste un peu plus exubérante, un batteur stoïque et une claviériste guère expansive non plus) semble jouer ensemble, ce qui est un minimum, mais aussi prendre du plaisir, et être prêt à nous en donner, car on retrouvera souvent les sonorités d'origine, sans pour autant demeurer coincé dans une période 1978-1979 qui contient pourtant la majeure partie des titres de la set-list. Lene Lovich arrive sur scène enturbannée/foulardisée, mais cela ne durera que le temps de ce what will i do without you ?, qui donne le ton : la chanteuse est en voix, ses quatre musiciens assurent les chœurs, et le public est aux anges... Évidemment, en s'appuyant sur des valeurs sûres, le groupe joue sur du velours, mais le choix des titres ne suffit pas, et leur (ré)interprétation vaut sacrément le coup, on pense ici à un i think we're alone now, aussi excitant que sa version originale, et Lene, qui a désormais laissée apparente son habituelle coiffure improbable (visuellement, un mélange d'algues et de coquilles de moules), joue AVEC le public, ne semblant pas ressentir le poids des années - le reste du groupe, exceptée la bassiste, n'est pas non plus constitué de petits jeunes. On a parfois du mal à comprendre l'anglais de la dame, que ce soit dans les chansons ou pendant les interludes, elle joue toujours avec sa réputation d'exilée des Balkans (c'est une légende), on comprend toutefois nettement son "sacrebleu !" (en français dans le texte), mais pour le coup le clavier est ici largement supportable, sans doute grâce à l'habitude des versions initiales des morceaux... La set-list semble assez différente de celles de ces derniers mois, on a ainsi droit à l'adaptation de Rimbaud (o seasons, o castles), ou au retour du one in a million qui permet à la chanteuse de vocaliser de manière toujours surprenante - on comprend pourquoi elle s'est un temps acoquinée avec Nina Hagen. Paradoxalement, la version de lucky number (que Nina a popularisée) n'est pas forcément le clou de la soirée, mais peu importe, le public continue à être aux anges, et les deux titres issus du dernier album en date ("shadows and dust", 2005) valent eux aussi sacrément le coup, d'un the wicked witch très référencé à light, plus classique, qui clôt la cinquantaine de minutes du set.

Bien sûr, on ne va pas en rester là, alors le groupe revient rapidement sur scène, et entame le rappel avec une version très reggae de you can't kill me, étonnante mais totalement réussie, enchaîne avec details, pas mal non plus, avant d'annoncer le dernier titre ("pour de vrai"). Et il n'y a pas tromperie sur la marchandise, ce home (is where the heart is) est exemplaire, il prend le temps de se développer sans jamais sembler durer artificiellement, et si la présentation des musiciens est une fois encore un poil longue, elle permet à Lene de remercier et faire applaudir ses quatre comparses, qui ont fait en sorte que cette prestation ne sombre jamais dans la médiocrité, ces 70 minutes auront remis les pendules à l’heure. Et si on ne sait quand (ou si) le groupe reviendra dans nos contrées, on n'aura plus de questions existentielles à se poser sur le bienfait de retourner ou non le voir : dans l'état d'esprit et la qualité qui ont été démontrés ce soir, la réponse sera évidente et positive !

 

Set-list (incertaine) :

  1. what will i do without you ?
  2. blue hotel
  3. i think we're alone now
  4. maria
  5. life
  6. o seasons, o castles
  7. new toy
  8. one in a million
  9. lucky number
  10. angels
  11. the wicked witch
  12. light
  13. Rappel : you can't kill me
  14. details
  15. home

 

La suite, ce sera dès ce dimanche soir, à la Méca, avec Pierre & Bastien accompagnant trois autres groupes.