Date : jeudi 13 juillet 2017

 

Pendant que Paris est sens dessus dessous en attendant l'arrivée du Donald (El Assad avait d'autres populations à gazer, tandis que Hassan II, Kadhafi et Pinochet ont un mot d'excuses du médecin légiste, mais pour l'an prochain on parle de Kim Jong-Un...), et que beaucoup se défilent pendant ce long week-end, c'est à la Comedia qu'on trouve un havre de paix, avec un public bien plus nombreux que nos craintes préliminaires, toujours dans une ambiance agréable, bienveillante, quoique un poil enfumée en fin de soirée...

 

On a parié sur un retard à l'allumage, mais en n'arrivant pas avant 20h30 on s'aperçoit que Kalicia Katakov a déjà entamé sa prestation. On apprendra plus tard que les premiers titres étaient sans doute les plus percutants, mais pour ce qu'on a entendu de la donzelle, seule derrière son clavier, puis accompagnée d'un bassiste (qu'on retrouvera sur la même scène un peu plus tard), et si je ne suis pas totalement fan de l'ensemble de ce que j'entends, c'est surtout parce que je verrais bien les compositions (très réussies) "meloctroniques" prendre plus d'ampleur avec une guitare et une batterie, tout en sachant que ce n'est sans doute pas forcément le but du projet. Une chose est sûre, c'est que la voix de la chanteuse est assez bluffante, précise, assurée, sans qu'on y entende la moindre faiblesse, et que même lorsque le côté new-wave est trop prononcé pour moi, cela reste largement audible, et qu'en guise d'ouverture de soirée c'est plutôt pas mal...

 

C'est le groupe qui a organisé la soirée qui grimpe maintenant sur la scène (c'est une image, car la scène ne dépasse le sol que de quelques centimètres) : Pour X Raisons est un quintet (deux guitares, basse, batterie, chant) qui s'appuie sur un chant plus ou moins parlé qui évoque de temps à autres un Cantat, et on serait bien en difficulté s'il fallait caser le groupe dans un genre précis. En effet, on passe d'un morceau à l'autre d'un rock sombre à un post-punk affirmé, puis une énergie plutôt punk jaillit des enceintes, bref le groupe fait ce qu'il veut, et avec une qualité certaine. Pour être franc, je n'avais pas été plus emballé que cela en entendant quelques extraits sur Konstroy il y a peu, mais la version live est bien plus emballante, et on comprend que le public, qui s'est bien densifié au fil des minutes, réagisse très favorablement à ce qui lui est présenté. Le chanteur n'hésite pas à venir dans la "fosse", il sait que ses musiciens assurent derrière lui, et si on a du mal à comprendre les paroles, on ne peut sans doute lui reprocher, car on connaît les limites acoustiques des lieux. En somme, une belle découverte, qui permettra de réécouter les versions studio avec une oreille plus attentive.

 

Le duo qui nous a fait traverser Paris d'ouest en est vient de Lille, avait fait sensation il y a quelques mois en première partie de Kas Product, et a sorti un album de très bonne qualité : Dear Deer, c'est Sabatel (Cheshire Cat the Bouncing, Guerre Froide) à la basse et Federico Iovino (Popoï Sdioh) à la guitare et aux machines, le duo se partageant le chant. Entamant le set en arborant des masques en cotte de maille (un seul titre, il doit faire trop chaud là dessous !), le duo passe en revue l'intégralité de son album, dans des versions moins léchées qu'en studio, mais d'une efficacité rare, il faut dire qu'en sus des musiques post-punk/cold/batcave/dark/goth/..., les voix des deux comparses sont puissantes, Sabatel est capable de chanter haut ou bas avec le même bonheur, et Federico amène un surplus d'énergie impressionnant. On se régale donc avec ces versions, mais il ne s'agit pas de se contenter de ces neuf titres, alors le groupe nous propose des morceaux encore inédits, avec les précautions d'usage ("ce morceau date de cette semaine, cela va être un carnage") mais qui aboutissent à des totales réussites, un jog, chat, work & gula gula ou un ozozooz s'avérant suffisamment obsédants pour ne pas quitter les esprits longtemps après la fin de l'heure de set. Puissance, efficacité, mais également finesse, on se retrouve une nouvelle fois estomaqué en fin de concert, car cette prestation aura encore surpassé celle du Batofar, y compris en sachant que le son n'est pas optimal, et - on l'apprendra plus tard - que le groupe a subi quelques désagréments au niveau des machines. Bref, venir jusqu'ici était un excellent choix, et on pourrait bien se laisser tenter à revoir le duo sur scène d'ici une dizaine de jours au Supersonic : qui sait quand le groupe reviendra en région parisienne dans les mois à venir ?

 

Set-list :

  1. snail
  2. dear deer
  3. arnolfini
  4. jog, chat, work & gula gula
  5. klamca
  6. czekaj na nas !
  7. disco discord
  8. tvd
  9. statement
  10. ozozooz
  11. clinical / physical
  12. claudine in berlin
  13. Rappel : troisième

La suite, ce sera sans doute Jessica 93 à la Station jeudi prochain.