Date : samedi 8 juillet 2017

 

Le trajet est bien plus tranquille en ce samedi après-midi pour retourner à Tournan-en-Brie, même s'il fait toujours aussi chaud, on peut s'asseoir dans le RER en prévision des longues heures qui nous attendent. Arrivés à la Ferme du Plateau, on a droit à une fouille de sac insensée (les milichiens ne se contentent pas de regarder mais mettent les mains dans le sac, il y a vraiment des claques qui se perdent !), mais on oublie assez vite ce désagrément avec une petite boisson houblonnée : le deuxième jour du festival de La Ferme Électrique est en route.

 

La Grange est déjà bien remplie alors qu'on vient juste de passer 18h, il faut dire que les organisateurs ont annoncé une soirée sold-out ou presque, et on constatera effectivement une densité de population bien supérieure à celle d'hier. C'est un groupe se qualifiant de "lo-fi garage pop" qui est à l’œuvre, En Attendant Ana, et on ne les contredira pas, surtout pour l'aspect pop, et la présence d'une trompette en sus d'un clavier me fait reculer rapidement : c'est propre, c'est bien fait, mais ce n'est clairement pas pour moi !

 

On en profite donc pour aller jeter un œil à ce qui se passe dans l’Étable, et on y découvre que c'est le film Solaris (A. Tarkovski) qui inaugure l'après-midi, et au fil des heures on remarquera que la sélection est bien plus ardue à deviner que la veille, puisque se succéderont un manga (Jin-Roh la brigade des loups, de H. Okiura), Le guerrier silencieux (N.W. Refn), Videodrome (D. Cronenberg) ou encore Réveil dans la terreur (T. Kotcheff) : c'est varié, souvent tordu, expérimental, cela correspond donc parfaitement au festival !

 

Une merguez-frites plus tard (on n'est pas trop dans le trip vegan, ici), et on retrouve, toujours dans l’Étable, le duo parisien Chinese Army, en version guitare-claviers, nous propose une musique difficile à classer, un genre de Suicide option rockabilly soft avec boîte à rythmes, avec un chant très particulier, ce n'est pas désagréable, ce n'est pas violent, et s'il me manque quelque chose pour trouver cela formidable, j'ai du mal à mettre le doigt dessus. pour être franc, ce ne sera pas le seul groupe du jour à proposer une musique plutôt intéressante, mais qui ne nous transporte pas plus que cela...

 

Un autre exemple en est Mendelson, qui à partir de reprises/adaptations plus ou moins (re)connues (on citera 1969 des Stooges, mais c'est sans doute le titre le plus simple à retrouver !) propose un set assez complexe, alternant chansons assez intimistes (on entend des spectateurs faire des comparaisons avec Bertrand Belin, je ne sais pas si cela est vraiment pertinent) et titres plus enlevés (une évocation improbable de Love & Rockets, par exemple), clairement les textes ont du sens (Springsteen est lui aussi dans la boucle), on pense également à Nick Cave parfois, bref là aussi cela titille l'oreille, mais il faudra sans doute passer par la case 'enregistrements studios' pour s'imprégner réellement du groupe, cela peut faire partie des objectifs de l'été !

 

Une grosse attente existe avant la prestation de Delacave dans l’Étable, un duo basse-claviers où l'on retrouve deux membres de Le Chemin de la Honte, la chanteuse usant toujours de sa fameuse basse à deux cordes. Musicalement, et sans que cela ne soit réducteur, on y trouve un gros côté dark-cold, avec un chant en anglais qui semble un peu moins intéressant que le chant en français des autres groupes de la vocaliste, et l'omniprésence des claviers, si elle me pose l'habituel problème existentiel (y compris lorsque cela tourne au pouet-pouet), n'est tout de même pas rédhibitoire sur l'intégralité du set, on réussit parfois à se laisser emmener. Mais il ne faut pas me torturer très longtemps pour que j'avoue qu'avec un simple instrument en sus (guitare ou batterie, sans aller chercher trop loin), je serais en mesure de totalement apprécier la musique du duo, autant dire qu'on n'est pas loin de la grosse découverte du week-end !

 

À l'extérieur, on retrouve une intervention imprévue, comme la veille, c'est Chafouin qui officie en montant des boucles et en tapant sur sa batterie, et si cette prestation suscite l'enthousiasme et crée un gros rassemblement, on peut dire que cela est mérité, il y a de l'énergie, du rythme, et la musique emporte beaucoup de spectateurs avec elle ! Là, il va falloir aussi se pencher sérieusement sur le phénomène...

Cette prestation parallèle à la programmation officielle est un poil en concurrence avec ce que nous offre Fai Baba dans la Grange, et le "psych pop" distillé par le groupe suisse pâtit clairement de la comparaison, on restera sur une idée d'un groupe gentillet mais assez loin de mes terres musicales de prédilection, alors on continue de profiter de températures bien agréables et du temps sec pour rester à l'extérieur (l'accès aux films diffusés dans l’Étable est impossible).

 

D'ailleurs, c'est autour de la plus grande sculpture musicale que Daikiri va tout faire péter, le duo basse-batterie (enfin, je crois, car la densité est trop importante pour voir qui joue !) s'appuyant sur un chant évoquant terriblement Le Singe Blanc (ce n'est pas anormal, puisque le bassiste en fait partie...) pour conforter une noise/hardcore assez puissante et impressionnante. Cependant, la comparaison avec Le Singe Blanc, si elle est incontournable, n'est pas à l'avantage du duo, car Daikiri varie bien moins les rythmes et les plaisirs, et si on ne se plaint pas du set, qui n'en finit jamais (les rappels se multiplient jusqu'à plus soif), cela laisse l'envie de se repencher rapidement sur la discographie du primate albinos, et même (on peut rêver ?) de le revoir en live...

 

C'est un groupe qui fait le buzz depuis de longs mois qui entame son set dans la Grange : le duo perpignanais The Limiñanas est pour l'occasion un sextet, et si on se demandera longtemps si le 6e personnage dans la fumée en fond de scène n'est pas Pascal Comelade, l'essentiel est ailleurs : le garage-pop du groupe est bien fait, mais il s'assimile à mon sens bien trop à du garage propre pour que je tombe de ma chaise. Mais je suis sans doute trop exigeant, les spectateurs sont rares à ne pas rester jusqu'au bout dans la salle, preuve que cela fonctionne, et on n'est pas là pour gâcher le plaisir des autres. D'ailleurs, cela permet d'aller manger une bonne crêpe, fabriquée avec des produits locaux, presque sans faire la queue...

 

Remarquez, je dis cela, mais j'aurai du mal à être positif devant la prestation du quintet londonien Housewives, dont la noise expérimentale et terriblement répétitive ne suscite guère plus de réaction qu'un ennui assez profond, peut-être la fatigue accumulée commence-t-elle à se faire sentir, ou peut-être plus simplement ne comprends-je pas le but de tout cela ? Bref, on ne s'éternise vraiment pas dans l’Étable, et on attend la suite tranquillement, en assistant à l'ouverture de la mini-discothèque avec un petit sourire amusé - mais sans y mettre les pieds, j'ai ma réputation !

 

Un peu avant de quitter les lieux c'est le trio Faire qui grimpe sur la scène de la Grange, et là il m'est impossible de ne pas établir une connexion avec Infecticide, tant dans la musique du groupe que dans ses paroles, même si on peut estimer que le groupe en action ce soir ne semble pas encore posséder de "tubes" capables de mettre le feu dans une salle. C'est viscéral, cela s'attaque aux sens, et en guise d'au revoir (il faut rentrer chez soi, et les transports en commun se limitent à des Noctiliens bien lents...), on aurait pu avoir pire !

Vous l'aurez compris, je n'ai donc pas assisté aux prestations de Pogo Car Crash Control (vus et appréciés à Bobigny en mai) et Guili Guili Goulag (encore jamais vus, mais qu'on apprécie sur galette), ce n'est sans doute que partie remise. Dans tous les cas on aura une fois de plus apprécié à plein ce festival, y compris sans être emballés par l'intégralité de la programmation, et nul doute qu'on reviendra l'an prochain, si la possibilité nous en est offerte !

 

La suite, ce sera, après deux jours de récupération, une soirée au Supersonic avec les Olivensteins, ce mardi.