Date : mercredi 14 juin 2017

 

Il fait presque frais en entrant au Supersonic en ce mercredi soir, il faut dire également qu'il n'y a pas la grande foule, loin de là, et on ne se bat pas pour atteindre le bar, ni pour trouver un siège libre, bref pas de stress, même si on préfère quand les salles sont un minimum remplies...

 

Pour démarrer la soirée, le quatuor parisien Seven Ages a rameuté ses ami(e)s, ce qui permet de se retrouver à une grosse vingtaine devant la scène. Le groupe s'annonce "brit-pop/rock", évoquant comme influences tant Muse que Led Zeppelin ou Queen (of the Stone Age ou pas), mais le premier titre me donne plutôt l'impression d'entendre Placebo en version extrêmement 70's, propre, et très vite cela tourne à un genre de rock radio-friendly, rempli de petits solos de guitare sans intérêt (c'est souvent le cas), qui permet aux proches du groupe d'apprécier sans risquer de se faire mal aux oreilles, tandis que c'est plutôt un profond ennui qui m'envahit. Bon, un danseur isolé et plutôt surprenant semble totalement envoûté devant la scène (il le sera pour les groupes suivants également), mais il n'est pas représentatif, certains sortent au bout de 5 minutes, cela leur permet d'éviter la reprise de la purge take me out (Franz Ferdinand), on vous l'a dit c'est le rock hygiénique qui est à l'honneur, et vous comprendrez qu'au bout de ces bien longs trois quarts d'heure, lorsque le chanteur clame "à la prochaine !", on ait juste envie de lui répondre : "sans moi !".

 

Vous l'aurez compris, ce n'est pas pour la première partie de la soirée que j'ai abandonné femme et enfants en pleine semaine, mais bien pour le groupe qui se pointe bientôt sur scène : les très anglais Life avaient estomaqué l'essentiel du Trabendo il y a quelques mois, en ouverture de Slaves, et il ne va pas falloir plus de 10 secondes pour comprendre que ce genre de phénomène va se reproduire ce soir, à une échelle inférieure vu la quantité de spectateurs. En effet, après avoir pris le temps de prévoir les boissons (répartition équitable d'une flasque de whisky entre les 4 membres) et d'installer son matériel, on notera plus spécifiquement l'impressionnant rack de pédales du guitariste, le quatuor originaire de Hull claque directement le public, on n'est plus dans le pop-rock poli qui a précédé, désormais c'est l'énergie punk qui règne, le trio de musiciens mettant tout en œuvre pour offrir un écrin sonore à un chanteur qui utilise l'ensemble de la scène, et aussi une partie de la fosse, comme espace de déambulation et danse. On avait remarqué au Trabendo une certaine ressemblance entre sa façon de chanter et celle de Protomartyr, ce soir c'est plus rare, preuve que le groupe continue à évoluer, et cela se fait toujours vers le meilleur, car l'enchaînement des titres ne laisse pas le moindre instant à l'ennui, et lorsqu'il faut se réaccorder l'homme au centre de la scène n'hésite pas à tchatcher, sur des sujets aussi divers que Donald Trump, Hull ou le cri des moutons (ba ba ba, bien sûr !). Et le public, me demanderez-vous ? Un peu plus dense que tout à l'heure, il est totalement subjugué, notre danseur de la première heure n'est plus seul, même s'il aura droit à une amorce de rock'n'roll avec le chanteur, les yeux sont brillants, et une donzelle se trouve suffisamment emporté pour venir montrer sa poitrine deux fois au groupe, qui ne semble ni s'en offusquer ni y prêter la moindre attention, même si le chanteur m'avouera plus tard ne jamais avoir eu droit jusque là à ce genre de pratiques en concert... Le premier album du groupe passe à la moulinette du live, les morceaux qu'on maîtrisait depuis le premier EP semblent avoir eux aussi été boostés, à l'image d'un popular music sur lequel le bassiste fait des miracles. En fin de set, le guitariste se retrouve lui aussi en bas de la scène, le groupe se contente de quelques spectateurs heureux à défaut d'une grosse foule morose, et le seul bémol reste globalement le même qu'au Trabendo : 30 minutes, c'est tout de même très court, même si le groupe donne absolument tout sur cet espace temporel. Après avoir laissé les musiciens quitter la scène, on profite de l'occasion pour récupérer ce premier album, et discuter avec un chanteur visiblement heureux d'être là, conscient que le groupe pourrait désormais allonger un peu la durée de ses sets, et surtout impatient, car on vient de lui proposer de participer à l'automne au Pitchfork Festival. On attendra donc confirmation pour espérer revoir le groupe à Paris, même s'il faudra que l'affiche soit sacrément alléchante pour envisager de débourser la somme rondelette d'une cinquantaine d'euros par soirée...

 

C'est le trio belge Brutus qui est chargé de récolter les fruits de cet échauffement spectaculaire de la température et du public, mais outre le fait que l'intermède est plutôt long, on se rend compte assez vite que la musique, pour le moins disparate, d'un combo où le chant est l'apanage de la batteuse, ressemble à un mélange improbable de beaucoup de choses en "post", et même si on peut y glisser à peu près ce qu'on veut, j'aurais du mal à le qualifier de post-punk. Le guitariste en fait des tonnes sur son manche, la chanteuse crie plus souvent qu'elle ne chante, le tout est un peu lourd, un peu long, un peu too much pour moi, je ne résiste donc guère plus d'un quart d'heure avant de plier les gaules, sans regret car c'est clairement pour Life que j'avais fait le trajet, et en dépit de deux groupes peu enthousiasmants pour le entourer, les Anglais ont aisément rentabilisé cette soirée !

 

La suite, ça pourrait bien être au même endroit ce vendredi soir, avec les inconnus de Brandt, ou sinon l'habituelle fête de la musique au Holy Holster Bar, avec la même affiche que l'an passé d'ailleurs, incluant 3 Gnomes et Warum Joe.