Date : vendredi 2 juin 2017

 

C'est vendredi, le week-end s'annonce humide, et contrairement au saint esprit de saison la foule ne s'est pas trop remuée pour venir jusqu'à l'Olympic, lieu d'habitude bondé en fin de semaine, à croire que les Parisiens ont déserté la capitale, ou bien que l'offre de concerts est trop conséquente pour la quantité de spectateurs potentiels, dans tous les cas on sera loin de se marcher sur les pieds ce soir, y compris pour atteindre le bar, ce qui là aussi est une grande première.

 

Les balances ont pris un temps fou, la soirée a donc pris du retard, et même en mettant du temps à descendre dans la cave/salle de concert, il n'y a pas eu de génération spontanée de spectateurs pour venir écouter les "Pop-songs from my bedroom or anywhere there's a microphone" de June Moan, soit une formule trio très pop, évidemment, ce qui explique mon manque d'enthousiasme, car c'est propre, très propre, trop propre pour moi, cela manque singulièrement de folie, et si ce n'est pas à rejeter en bloc, cela reste un groupe que je ne chercherai pas forcément à revoir délibérément, même si je ne refuserai pas de le revoir en guise de première partie...

 

Le trio Acetate Zero a déjà fait ses preuves, et même si son guitariste est diminué (une entorse du pied, ce qui est un poil embêtant quand on joue debout), il n'y a pas de raison que les choses se passent mal. Bon, on sait qu'il risque d'y avoir de petits problèmes techniques, et si E (basse) et G (batterie) seront relativement épargnés, ce soir S (guitare) multipliera les coups durs, ce qui ne permettra que rarement d'enchaîner les titres. Pourtant, ou peut-être ceci découle-t-il de cela, le concert fera preuve d'une tension assez permanente, imputable partiellement à l'énervement suscité conjointement par ces difficultés et par l'absence hélas relativement récurrente de public (atteint-on la vingtaine dans la salle ?), mais aussi et majoritairement à la qualité des morceaux joués, jusques et y compris les départs manqués de certains titres. Le groupe pioche dans son entière discographie, de ses tout premiers morceaux (strange, si je ne m'abuse)à son dernier album en date (wavering cares, something's got me down), et nous propose également deux morceaux encore totalement inédits, un aspen leaves en début de set et un fab plutôt vers la fin (dédié à l'ancien membre du groupe qui vit désormais en Australie), la particularité de ces deux titres étant qu'ils sont l'un comme l'autre extrêmement pêchus, et qu'ils augurent pas mal de ce que pourrait être un futur nouvel album. Même si le son de la basse est très bas (S s'en plaindra lorsqu'il utilisera l'instrument, et G également un peu plus tard), pour le public le son est plutôt très bon, on a donc du mal à comprendre pourquoi l'ingé son vient plusieurs fois tripatouiller l'ampli de S (qui reste plutôt zen, pour le coup) alors que cela ne change absolument rien à ce qui sort des enceintes... Le bonhomme n'arrangera d'ailleurs pas son cas en interrompant la prestation avant le dernier titre de la set-list, sous prétexte d'horaires à ne pas dépasser (mais pourquoi les balances ont-elles obligé le concert à prendre plus d'une demi-heure de retard ?), et si E aura semblé catégorique et déterminée dans son annonce ("vous avez de la chance, c'était le dernier concert du groupe"), ce serait dommage d'en rester là, car le passage en live des morceaux plutôt canalisés en studio apporte une tension, due sans doute à l'incertitude permanente quant à ce qui va se dérouler sur scène, tant la prise de risques fait osciller chaque concert entre le génial et le relativement raté - côté public, c'est le plus souvent un plaisir intense qui nous envahit, car cet équilibre instable ajoute beaucoup à la qualité musicale. Allez, on espère que le groupe ne va pas nous abandonner là, sur ces 45 minutes techniquement inégales mais musicalement époustouflantes, et qu'on aura encore l'occasion de revoir le trio sur une scène, et pas de se contenter d'en écouter ses enregistrements, passés et à venir.

 

La tête d'affiche de la soirée est belge, avec cinq hommes sur scène : He died while hunting (dans la série des noms de groupes improbables, celui-là est plutôt bien placé !) fait dans le "indiepop sad/slowcore electronica post-everything and post-nothing", ce qui en plus clair signifie qu'on retrouve des sonorités évoquant Acetate Zero, mais dans une version presque aseptisée, là encore très propre, qui jamais ne donne l'impression d'être sur le fil du rasoir, tout semble maîtrisé, et ce n'est donc pas uniquement parce que 3 des musiciens (les deux guitaristes et le batteur) sont en bermuda qu'on a du mal à rentrer dans le set. Le bassiste reste tranquillement en retrait, tandis que le cinquième membre prend le temps de poser sa trompette sur certains titres, ce qui ne me sied que moyennement. Et évidemment, c'est au moment où l'on décide qu'il est temps de s'en retourner at home que le son devient plus agressif, les guitares plus mordantes, bref juste de quoi laisser un doute, et donc en laisser au groupe le bénéfice, ce qui signifie qu'à l'occasion on reviendra voir et écouter si cet énervement n'était qu'accidentel ou bien plus habituel dans le set du quintet. 

 

On laisse passer quelques jours, et on va voir Plomb (en espérant qu'une nouvelle annulation ne leur tombera pas dessus) jeudi à la Méca.