Date : mercredi 26 avril 2017

 

Dès l'ouverture des portes (un poil retardée), il y a du monde au Batofar, un public globalement pas très jeune, à quelques exceptions près, mais qui se renouvelle toujours, rares sont les têtes que l'on reconnaît, et si le bateau bouge un peu lorsqu'on y met les pieds, ce ne sera plus le cas en fin de soirée, tant il semblera stabilisé par une densité impressionnante de spectateurs.

 

Il est à peine plus de 20h lorsque le duo mixte Dear Deer arrive sur scène, avec Sabatel (Cheshire Cat) à la basse et Federico (Popoï Sdioh) à la guitare. D'entrée de jeu, on prend une claque, visuellement parlant, car si les masques de fer(raille ?) ne dureront que le temps d'un titre, ils interpellent, et sont en pleine concordance avec la musique, les deux musiciens s'appuyant sur des rythmiques (mais pas que) pré-enregistrées qui seront lancées morceau après morceau, ce qui ne facilite guère les transitions et sera sans doute le seul point un peu faible du set. Car quand vous avez une basse si obsédante, des sons de guitare aussi singulièrement obtenus (par fois joués au niveau de la tête de l'instrument), et des voix qui se complètent de manière assez bluffante (Sabatel évoquera plusieurs fois Gitane Demone, sans toutefois s'y contenir, et son chant haut ne s'avèrera jamais faux, tandis que Federico est plus direct, et rappellera pas mal d'influences, mais suffisamment variées pour qu'il n'en ressorte pas la moindre idée de copie) sur des paroles quasiment exclusivement en anglais, il vous suffit d'avoir des morceaux qui tiennent la route pour emmener avec vous un public pas convaincu d'avance. Eh bien, ces morceaux, le groupe les possède, ô combien, car même si à chaque début de titre on se dit que ça va nous emmener sur des rivages musicaux connus (allez, je me lance, je dirai "de Virgin Prunes à 1919", mais cela n'engage que moi...), il y a toujours le petit quelque chose qui fait qu'on se surprend à être une nouvelle fois soufflé, et l'attitude de Sabatel (aux regard charbonneux, et dont les petits mouvements d'épaules seront les seules manifestations, tandis que Federico occupe lui beaucoup plus l'espace), comme ses petits commentaires pendant que son comparse gère le laptop font que les spectateurs se sentent invités à partager ce moment avec les musiciens. On ne sait pas si quelqu'un aura finalement gagné la bière promise (quelqu'un dans la salle savait-il que klamca signifie "menteur" en polonais ?), et il n'est pas certain que "la chanson pour faire du jogging" trouve vraiment sa place dans les oreilles des coureurs, mais peu importe, ces trois gros quarts d'heure auront secoué pas mal de monde, et le duo lillois aura assurément réussi sa présentation ! Évidemment, les absents du soir sont invités à corriger cette erreur à la première opportunité...

 

Tenant son rythme d'au moins un concert parisien par an, le plus souvent sur la Seine (les dernières fois, c'était à quelques mètres, au Petit Bain), le duo Kas Product attire donc toujours du monde, et s'il se cantonne à la même set-list depuis des années, on ne peut pas dire que l'on s'ennuie le moins du monde, même en ayant assisté plusieurs fois aux derniers concerts. Car il faut dire que Mona Soyoc reste impressionnante à regarder, résistant aux années elle attire en permanence les yeux des spectateurs, permettant à son comparse Spatsz de gérer l'essentiel des musiques derrière ses machines, même si les interventions de Mona à la guitare deviennent de plus en plus efficaces, tout comme son utilisation d'une cymbale. Les musiques changent, par petites touches, certes, mais on ne peut dire que d'un concert à l'autre c'est du copier/coller, et ces bribes de changement permettent d'être nécessairement toujours attentifs à ce qui sort des enceintes. En sus, les vidéos d'arrière-plan évoluent, elles aussi, mais quand on voit les réactions des spectateurs lors d'une intro - un petit regard, une tape sur l'épaule... - on comprend que le groupe procure au public ce qu'il est venu chercher, c'est-à-dire un mélange de nostalgie et du réel bien audible, et la différence de génération ne crée aucune différence de réaction entre les spectateurs. Sûre du respect et de pouvoir compter sur son public, Mona peut se permettre une petite partie de stage-diving, qui aboutit à un méli-mélo au niveau du fil du micro (il y a toujours des poteaux à contourner ici...), elle peut également faire crier "miaou" aux premiers rangs (à l'oreille, certains félins ne sont assurément pas féminins !) en introduction à pussy x, et si le final gift of the gods est quasiment arythmique et scandé par Mona sans musique, le public est muet et bouche bée, et ne reprend ses esprits que lorsque les lumières se rallument, comprenant qu'il n'y aura pas de rappel... Bref, comme toujours, c'est une performance impressionnante, pas forcément surprenante, mais qui ne donne toujours pas envie de dire "c'est fini" : on se laissera peut-être (sans doute ?) encore tenter si le duo revient vers chez nous !

 

Set-list :

  1. lonely devil
  2. breakloose
  3. one of the kind
  4. underground movie
  5. never come back
  6. tina town
  7. taking shape
  8. above
  9. so young but so cold
  10. no shame
  11. take me tonight
  12. loony bin
  13. pussy x
  14. gift of the gods

 


La suite, c'est dès ce jeudi soir, au Gibus, avec le retour des Rats.