Date : dimanche 2 avril 2017

 

Coup de bol pour le festival Frisson Acidulé, car en ce premier dimanche d'avril, il fait sacrément beau au Cirque Électrique, ce qui va permettre de passer du temps à l'extérieur, sur les transats ou les chaises, on en serait presque à regretter les lunettes de soleil... Même s'ils prennent leur temps pour arriver, les spectateurs sont présents en nombre, en famille à l'occasion, quitte à venir avec ses très jeunes enfants affublés de casques anti-bruit plus grands que leur tête...

 

Le principe du festival étant assurément de mélanger les genres, cette après-midi verra alterner des concerts dans la salle du bar et des ciné-concerts sous le grand chapiteau, et les plus prévoyants ne veulent pas rater la première de ces prestations... Car c'est Jessica 93 qui s'y colle, Geoff seul avec ses basse- guitare, clavier et innombrables pédales se chargeant de mettre du son sur un film muet du suédois Benjamin Christensen datant de 1922. Ce Häxan consacré à la sorcellerie à travers les âges compare, sur ses deux dernières parties (25 minutes sur l'heure et demie de l'intégrale), le traitement des sorcières avec celui des femmes, lorsqu'elles sont prises en charge pour hystérie ou problèmes psychiatriques. Outre des images présentant des instruments de torture qui font instinctivement réagir certains spectateurs avec des petits cris, tant il n'y a aucune place laissée à l'imagination en ce cas... Et la musique, alors ? Eh bien, vous vous en doutez, Jessica 93 œuvrant la plupart du temps de manière très cinématographique (ambiances qui montent, ruptures, larsens), cet exercice lui sied à la perfection, même les instants flirtant avec la douleur auditive coïncident avec le sujet du film, et la seule chose que l'on peut regretter au moment où les lumières se rallument, c'est la relative brièveté de la chose ! Mais en sortant pour laisser le temps de changer le plateau, on se dit qu'on a drôlement bien fait d'arriver sur les coups de 15h, une sieste nous aurait fait rater ça !

 

L'ambiance a sacrément changé lorsqu'on retourne sous le chapiteau, puisque c'est un guitariste seul en scène, encore une fois, qui nous accueille, mais le Belge Ashtoreth fait en sorte de nous inclure dans son rituel chamanique en faisant brûler des herbes (qui m'ont un peu donné mal au crâne, à vrai dire), en allumant de petites bougies, et on n'est donc guère surpris que le film choisi est La Montagne Sacrée, de Jodorowsky, un OVNI qui correspond à la musique lente, sacrale, qui nous est proposée. En regard des images, pour le moins baroques, on pourrait même supposer qu'une dose de folie aurait pu surgir des enceintes, mais on se contentera d'un set dépassant la demi-heure qui ne m'aura pas transporté autant que la majeure partie du public, un genre de "bof" pas totalement déçu mais globalement peu convaincu.

 

Après avoir ingurgité une bonne grosse crêpe très séduisante, on se dirige vers la salle de concert dite du Nouveau Tigre, et là on va voir ce que c'est que de n'être "pas convaincu du tout" ! L'homme qui nous fait face seul derrière sa batterie et son gros clavier à sonorités Bontempi se fait nommer Héron cendré, et s'il fait s'asseoir par terre la majeure partie de ses spectateurs, c'est dit-il parce que "cela va être une prestation soft". Dont acte, c'est effectivement assez soft, on pourrait qualifier sa musique de "musique industrielle domestique et animalière à tendance progressive", le chant qui intervient parfois n'arrangeant pas nos affaires, autant dire qu'on préfère aller profiter du soleil encore bien présent pour aller siroter une bière à l'extérieur, on n'est pas là pour perdre notre temps, laissons donc la place à ceux qui aiment ce genre de prestations, et conservons des forces pour la suite !

 

Car il y a encore des choses à voir et entendre, à commencer par ce set excellemment foutraque de Dr Snuggle & MC Jacqueline, un duo de tchatcheurs accompagnés en arrière-plan d'un Jessica 93 assez libre de ses envolées guitaristiques, et qui n'hésite pas à entamer sa prestation par une reprise du guns of brixton (le Clash, bien sûr !), rebaptisé les pistols en bristol, et exécuté intégralement à... la flûte à bec ! Si le reste du set est bien plus électrique, on constate très vite que le duo fait dans un genre de Bérurier Noir (Geoff est régulièrement appelé Loran...) hip-hop à tendance extrêmement humoristique, tant dans les textes (l'adaptation connue de la samba, de Gotainer, ou la peine de mort en forme d'hommage aux gloires françaises du 7e art) que dans leur interprétation (le plus barbu des deux passe son temps à tenter de déstabiliser son partenaire, et ressortira régulièrement l'antienne "plus jamais de 20%, car nous sommes noirs, car nous sommes blancs, et ensemble nous sommes les socialistes !", piqué à la fois aux Bérus et aux politiques il y a quelques années), on ne peut s'empêcher de sourire voire de rire devant ce qui se déroule sur la scène. En sus, comme le set est très court (une vingtaine de minutes), on a droit à un deuxième set identique au premier, sauf qu'il est encore plus bordélique, encore plus jouissif donc également, et on se dit que de temps en temps cela fait du bien d'assister à ce genre de prestation nawak, où personne ne se prend au sérieux, et où le fun est la seule mesure de réussite qui compte ! Du grand n'importe quoi, donc, mais également un grand moment de pure rigolade, ça fait tout simplement du bien !

 

On retourne ensuite sous le chapiteau, où La Cabine vient présenter son projet nommé Mimesis, et qui consiste en une mise en musique (mini-guitare, claviers divers, à deux) d'une projection d'images variées de monstres de Mardi Gras, du monde entier et de diverses époques, et on peut dire que le son et l'image sont uniment impressionnants ! Visuellement, il y a du choquant, du cruel, du grotesque, du brutal, et pour accompagner ces vues c'est quasiment de la musique industrielle qui est jouée, là encore totalement adaptée, on est totalement immergé dans ce spectacle, et on comprend que le duo ne s'arrête pas à un one shot et en fasse de régulières projections. Autant dire que je reste soufflé de la chose, et vais avoir beaucoup de mal à m'en remettre dans les minutes qui vont suivre...


Ceci explique-t-il cela ? Je dois avouer que je reste de marbre, voire même que je pique du nez, devant le documentaire d'Haroun Tazieff sur des éruptions et mis en musique par Orval Carlos Sibelius, un quatuor "psychedelic pop" qui me semble boursouflé et pompeux, et qui me permet au demeurant d'apprécier en regard encore plus les prestations précédentes ! Bon, ça m'arrive d'aller au-delà du fait de ne pas être touché, là c'est le cas, on n'en fera pas une maladie non plus...

 

Dernière prestation au programme, un concert au Nouveau Tigre de Arno de Cea & the Clockwork Wizards, un trio guitare-basse-batterie de surf survitaminé, dont on ne peut remettre en question l'énergie ni la qualité dans le genre. Comme souvent dans le style, on a droit à beaucoup de morceaux instrumentaux, qui peuvent laisser un sentiment d'inachevé car on se dit que l'intro est bien, très bien, mais un peu longue, et que le morceau ne démarre jamais vraiment, par manque de chant. Et lorsque le chant arrive, il s'avère un poil chevrotant, ceci explique peut-être qu'il ne soit pas plus présent, mais ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain, car en guise de concert terminal du festival on aurait pu avoir bien pire, là on prend une dernière dose de plaisir bestial, et on peut repartir chez soi avec le sentiment d'une balance largement penchée du bon côté, on ne regrettera pas cette sortie, et on aura même au passage découvert quelques pépites que l'on n’hésitera pas à retourner voir à l'occasion !

 

La suite, ça pourrait bien être dimanche prochain, avec le dernier concert de Lobster Killed Me à Montreuil...