Date : jeudi 12 janvier 2017

 

Il y a du vent, beaucoup de vent, même, en ce jeudi soir, et le Batofar ondule bien plus que d'habitude sur la Seine, mais on n'ose imaginer que cela explique la désaffection apparente, car à l'heure prévue de l'ouverture des concerts, ce ne sont guère plus de 20 spectateurs qui sont tranquillement disséminés devant la scène, autant dire que cela ne va pas aider à stabiliser la péniche...

 

C'est un jeune quatuor parisien, FaSteR JeKyll, qui est chargé de mettre un peu le feu dans la salle, et si les premières impressions au niveau de la voix sont plutôt positives, évoquant tantôt Tony Truant tantôt OTH, le "Punk n' Roll Organique" annoncé pour décrire ce qui est fabriqué classiquement (basse, batterie, guitare, clavier) s'avère assez rapidement assez grand public, certains iront jusqu'à parler de musique de balloche, il faut dire qu'en dehors des amis des musiciens on ne sent pas réellement de réel engouement chez le spectateur lambda. Les paroles, en français, se tiennent plutôt bien, mais lorsque le groupe passe à l'anglais (sur deux titres), c'est la catastrophe, la langue est bien trop massacrée pour réussir à se concentrer sur la musique qui l'entoure, et on apprécie le retour au français pour la fin du set. Vous l'aurez compris, ces 35 minutes ne resteront pas dans les annales, et il faudra travailler autre chose que l'attitude (les rictus de pseudo-méchanceté ne font guère illusion) pour espérer accroître son audience !

 

Le temps (une vingtaine de minutes) de permettre le changement de scène ET l'arrivée en masse du public (sans être blindé, le Batofar sera finalement bien rempli), et l'historique trio anglais the Vibrators peut arriver et entamer un set qui ressemblera beaucoup, au moins au niveau de la set-list, à celui d'il y a un an (presque jour pour jour) au Petit Bain. On a effectivement droit à un mélange de titres anciens (le groupe tourne depuis 1976), voire d'hymnes (whips & furs, automatic lover, i need a slave en ouverture...) qui font réagir le public assez rapidement, on voit beaucoup de têtes dodeliner, mais aussi pas mal de danseurs, quelques slammeurs à l'occasion, et les paroles sont souvent reprises par cœur... Sur ces titres anciens, ce sont le batteur d'origine et le bassiste plus récent qui se partagent le chant, on remarque que c'est moins bien audible lorsque cela provient de derrière les fûts, mais cela ne dérange pas grand monde, car la musique et l'attitude compensent cette petite faiblesse. Le guitariste est quasiment en électron libre, il en profite pour user (sans abuser) du larsen, il ne multiplie pas les notes mais prend son temps, offrant aux yeux des spectateurs un superbe t-shirt "Holy Holster Bar", ce qui confirme que ces gens sont des personnes de goût ! Si le groupe fait partie des précurseurs du punk anglais, aux côtés des Damned, Clash et Sex Pistols, il a continué au fil des années (et des changements de musiciens) à sortir des albums, et il profite des concerts pour en extraire quelques perles moins connues, qu'il s'agisse du trio blackout / rats / the ohio, issu du dernier opus en date (2014) "punk mania : back to the roots", sur lequel le guitariste a enfin le droit de poser sa voix, ou des légèrement plus anciens birdland is closed ou kid's a mess... Au passage, le public peut apprécier le troops of tomorrow, sans forcément faire le lien avec la reprise (l'appropriation, quasiment) d'Exploited, et plus encore la reprise de have love will travel, le titre originel de Richard Berry ayant été popularisé par les Sonics, et si l'on est toujours dans le punk, terme générique, on ne se plonge jamais vraiment dans ses variations plus métalliques tel le hardcore, au contraire de UK Subs par exemple (que l'on retrouvera la semaine prochaine au Gibus). L'exemple le plus flagrant est le morceau baby baby, chanson parmi les plus gnangnan de l'histoire du punk, mais qui trouve pourtant sa place sans barguigner au milieu de ses sœurs plus énergiques, les spectateurs ne se faisant pas prier pour entamer le refrain le plus fort possible, au grand plaisir des musiciens. Le moment fort et pièce de résistance du set est bien entendu l'éternel disco in moscow, qui se termine en "disco in paris", bien sûr, qui est étiré suffisamment pour laisser au public le plaisir de danser, et c'est avec kid's a mess que cette petite heure se termine, laissant à la fois des sourires sur tous les visages, et des envies d'en reprendre une petite dose...

Le groupe ne se fait pas prier trop longtemps, et revient pour un rappel de trois titres, un my stalker (encore une perle cachée) bien efficace précédant la reprise des Flamin' Groovies (slow death) qui n'a pas à rougir de la comparaison avec l'original, mais c'est avec une vraie tuerie que ces 70 minutes se terminent (définitivement), wrecked on you faisant partie des pépites du premier album, le trio réussissant à remettre encore un peu de peps à ce morceau qui ne semble pas avoir pris une ride. Bref, à la fin de cette soirée, il ne semble y avoir aucune récrimination dans la salle, chacun a assisté à ce qu'il espérait, un concert réussi, honnête, les musiciens ne trichant jamais sur scène, et comme on sait que le groupe est quasiment en tournée permanente, nul doute qu'on adorera en reprendre une bonne dose l'an prochain !

 

Set-list :

  1. I Need a Slave
  2. Sweet Sweet Heart
  3. Amphetamine Blue
  4. Whips & Furs
  5. Automatic Lover
  6. Troops of Tomorrow
  7. Have Love, Will Travel
  8. You Broke My Heart
  9. Blackout
  10. Rats
  11. The Ohio
  12. No Way
  13. Birdland Is Closed
  14. Baby Baby
  15. Judy Says (Knock You in the Head)
  16. Disco in Moscow
  17. Kid's A Mess
  18. Rappel : My Stalker
  19. Slow Death
  20. Wrecked on You

La suite, ce sera donc la soirée UK Subs / TV Smith / Spermicide ce mercredi au Gibus.