Date : mercredi 12 octobre 2016

 

 

 

Pour fêter dignement la sortie de leur dernier (et excellent, voir ici) album, les cinq Frustration ont réquisitionné la Maroquinerie, non pas pour un mais pour deux soirs, projet ambitieux d'apparence mais déjà gagné étant donné que la première soirée de ce mercredi est complète, et qu’on s’attend à ce que la seconde (demain jeudi) le soit tout autant…

 

Pourtant, lorsque Pierre et Bastien arrive sur scène, et entame son set pile à l’heure annoncée, soit 19h30, nous pouvons nous compter sur les doigts des deux mains (et des deux pieds, soyons optimistes voire honnêtes), le trio est donc chargé à la fois de faire descendre le public dans la salle et de le chauffer à blanc, et on va rapidement constater que les deux objectifs seront atteints, et de quelle manière, au fil des trois petits quarts d’heure que la prestation durera. Car si le groupe entame son set avec un titre encore inédit (au moins de mon point de vue), un France 2016 qui devrait faire bonne figure sur le futur nouvel album à paraître d’ici peu (dès décembre ?), il va rapidement revenir sur ses classiques, ceux qui créent le mouvement dans la fosse, profitant à plein de bénéficier d’un son plus que correct, et d’une acoustique qui met en valeur et donne une belle ampleur à des morceaux qu’on a plus de mal à apprécier dans des conditions différentes (Méca, Gambetta, par exemple). Même sans avoir encore fait le plein de spectateurs, on constate que les présents sont d’ores et déjà inconditionnels, reprenant en chœur les refrains, voire l’intégralité des paroles, et le trio, aligné en bord de scène, dont les deux guitaristes entourent la batterie, semble apprécier les réactions d’une salle qui monte en température titre après titre. Sans réussir (ni tenter ?) à enchaîner rapidement, on se prend très vite au jeu plaisant d'un handicapé précédant déglingo, les paroles pour une fois totalement compréhensibles sont toujours hilarantes, à un degré ou à un autre, et ceux qui assistent pour la première fois à un concert de Pierre et Bastien doivent se demander ce qui leur arrive. N'hésitant pas à provoquer tranquillement ("j'ai voté sarkozy" sur journal, "nous sommes tous des collabos, nous sommes tous des juifs allemands" sur facho), ce sont des bribes de vie qui nous sont contées, avec une verve d'autant plus impressionnante qu'il n'y a guère d'enthousiasme dans la voix de Paul, le chanteur principal, qui joue la plupart du temps sur un registre très neutre et totalement réussi. Bien sûr, on peut considérer que le sommet du set est la reprise de cancer ("mon cancer, c'est ma vie, c'est mon meilleur ami"), mais étant donné qu'il n'y a pas de temps faible, cela friserait la mauvaise foi, l'enthousiasme permanent du public peut en témoigner. Comme souvent, Baptiste a le droit de s'emballer sur son manche de guitare, mais on n'est pas dans la branlette hard-rock, et même le dernier morceau (encore inédit, lui aussi) à nu lui permet de démontrer un savoir-faire évident (musique comme paroles, "j'attends que tu me trahisses", ça en jette), on reste du début à la fin dans une optique punk évidente, plus fine qu'Exploited (au hasard) mais pas moins énergique, et si on mesure la qualité d'un concert au nombre de visages souriants lorsque les lumières se rallument, nul doute que la prestation de ce soir pourra compter comme une référence dans la longue liste des shows du groupe ! Et il se dit qu'il y aurait une chance de les revoir d'ici un petit mois à la Méca : miam !

 

Set-list :

  1. France 2016
  2. Purement provoc
  3. Handicapé
  4. Déglingo
  5. Journal
  6. Destinée
  7. Facho
  8. Victime
  9. Cancer
  10. Stérile
  11. Auto-entrepreneur
  12. A nu

 

C'est un groupe inconnu qui succède au trio, puisque jusqu'alors même le nom de Lonely Walk ne m'évoquait rien, alors on rentre dans la salle écouter la musique du quintet (guitare-basse-batterie + 1 chanteur-clavier + 1 chanteur), pour être quasiment d'entrée assez surpris, car l'un des premiers titres possède beaucoup d'accointances avec Frustration, en plus cold sans doute, mais le choc auditif est réel, et même un peu perturbant. Quelques minutes plus tard, c'est du côté de Protomartyr qu'on se met à loucher, en se disant que ma foi, ce petit groupe a des références pour le moins louables, et que le résultat en est presque inespéré... Malheureusement, on découvre également d'autres morceaux bien plus lourdingues, qui perdent cet aspect post-punk que l'on avait imaginé bien plus prégnant, et on comprend mieux que le chanteur arbore un t-shirt Bathory : cet aspect (black ?) métal de la force ne me touche décidément guère, et au final cette petite quarantaine de minutes laissera un souvenir pour le moins mitigé, tant la disparité est importante entre ce qui transporte et ce qui pourrait faire fuir...

 

Heureusement, c'est pour le dernier groupe que nous avons affronté le froid et les transports en pleine semaine : Frustration sort un nouvel album, "empires of shame", et profite de l'occasion pour remplir deux fois sa salle parisienne préférée, et promet pour l'occasion deux set-lists différentes, avec des vieux morceaux dedans... Et il ne faut que quelques instants pour constater que ces prévisions se vérifient, étant donné que relax, le morceau introductif, est pour le moins historique dans la carrière du groupe. On imagine que Pat, le récent (3 ans ?) bassiste, a dû réviser/apprendre ses classiques, histoire de se montrer au niveau des souvenirs datant des débuts du groupe (bien sûr qu'il sera au niveau, qui en doutait ?), il est bien évidemment encore plus à l'aise sur la suite de la set-list, d'un worries rodé et maîtrisé à l'extrême (en dépit de petits craquements sortant des enceintes) à l'énorme dreams laws rights and duties (l'un des points très forts du dernier opus, mais déjà un classique du groupe depuis plusieurs mois sur scène), qui prouve que la qualité des cinq musiciens est loin de s'être affadie au fil des années. On sent que Fabrice, le chanteur, est assez touché, il répètera plusieurs fois des "merci" au public, comme quoi le doute existait quant au remplissage de la salle, quant aux réactions du public, il suffit de prendre un peu de recul pour remarquer que la fosse est en perpétuel mouvement, et que même à l'extérieur de celle-ci on voit des sourires quasi-extatiques accompagner les mouvements de tête, de bras ou de jambes. Seconde gâterie avec shake me, les plus anciens aficionados sont aux anges, et les plus récents également, même si on pourra un poil se plaindre d'un clavier un peu trop strident, qui fait mal aux oreilles un brin sensibles. Pour se remettre de ces émotions, retour au classique, midlife crisis est là pour ramener chacun à bord, et les cinq titres qui suivent constituaient une part importante de la set-list des derniers mois, avec en particulier un empire of shame très varié et un excess totalement punk, de quoi satisfaire toutes les couches d'auditeurs venus se remplir les esgourdes ce soir. Dernier cadeau ô combien précieux, c'est vice qui déboule, décidément on n'est pas trompé sur la marchandise, et si le dissonant even with the pills succède à l'héroïque montée en rythme de uncivilized, c'est avec une énergie tout aussi dévastatrice, précédant un blind dont l'ancienneté est masquée par une présence quasi permanente lors des prestations du groupe ces dernières années. Tout cela boucle quasiment une heure, intense, excitante, qui pourrait quasiment se suffire à elle-même, mais on est là pour faire la fête, alors on a droit non pas à un mais à deux titres en rappel, tous deux issus du dernier album, bien sûr !

Pour l'occasion, Baptiste, le guitariste de Pierre et Bastien, vient ajouter son grain de sel, et quel grain de sel ! Mother earth in rags, qui est habituellement un élément central des concerts, est ce soir encore plus impressionnant, le jeu de guitare de Baptiste, tout en fougue, complétant à la perfection celui plus carré de Nicus, et que dire de cette première écoute de no place en version live ? Ce titre, le dernier de l'album, n'est clairement pas un morceau de remplissage, il possède une valeur intrinsèque évidente, qui se confirme sur scène, avec un côté noise apporté par Baptiste qui peut dérouter le fan de base, mais pas trop longtemps, car cela reste du Frustration, plus étiré que d'habitude, sans doute, mais qui permet tout de même à Junior d'effectuer son stage diving rituel, histoire de boucler ces 75 minutes en beauté, en dépit des espoirs (déçus) d'un second rappel. La bonne nouvelle, c'est qu'on peut encore espérer de nouvelles excellents surprises pour la deuxième soirée, mais ceux qui n'auront assisté qu'à cette première soirée repartiront avec le sentiment de n'avoir pas été lésé, tant l'ensemble du plateau aura été cohérent, à défaut d'avoir été entièrement enthousiasmant. On ne se plaint pas, bien au contraire, c'est le genre de soirée qui marque les esprits !

 

Set-list :

  1. Relax
  2. Worries
  3. Dreams laws rights and duties
  4. Shake me
  5. Midlife crisis
  6. Cause you ran away
  7. We miss you
  8. No trouble
  9. Empire of shame
  10. Excess
  11. Vice
  12. Minimal wife
  13. Uncivilized
  14. Even with the pills
  15. Blind
  16. Rappel : Mother earth in rags
  17. No place

 

La suite, c'est donc dès ce jeudi soir, même motif même punition : Frustration frappe toujours deux fois !