Date : mercredi 25 mai 2016

 

On a beau avoir la crève, cela ne nous empêche pas de traverser Paris pour rejoindre le Chinois, à Montreuil, car le Garage MU y organise une petite soirée hors murs bien alléchante. Il n'empêche qu'à 20h45, alors que les concerts sont censés démarrer à 21h00, il n'y a guère que les organisateurs et les musiciens à être présents, alors pour soulager l'angoisse de la salle vide, on profite de la pinte de Guinness (6 euros, on a connu bien pire !) et on prend son mal en patience, en écoutant la bonne programmation du DJ de service, Stil Eric, qu'on apprécie largement tout en grinçant lorsque les disques sautent, ce qui sera assez récurrent et guère rassurant pour la discothèque du bonhomme...

Visiblement, certains avaient des infos plus précises, car si la salle ne sera jamais bondée, elle commencera doucement à se remplir vers 21h15, on a l'impression que chacun des spectateurs connait soit les musiciens, soit les organisateurs, et lorsque le duo Shake Shake Bolino grimpe sur scène, il y a une petite densité de public massée devant la scène, rares sont ceux qui sont venus par hasard, et on en verra beaucoup se trémousser ou danser de manière presque exubérante tout au long du set. On avait largement goûté à la prestation du guitariste et de la batteuse il y a six mois au Point FMR, en première partie de Protomartyr (qui revient mardi prochain au festival Villette Sonique), l'écoute assez intensive de l'album n'avait pas déçu non plus, alors on profite avec ravissement et gourmandise des 42 minutes qui nous sont proposées ce soir, le duo s'appuyant pas mal sur l'album en question (so shy, parrot's song, la reprise bien déconstruite du a forest de Cure), mais on constate que les morceaux ont pas mal évolué, et qu'on est loin de la restitution fidèle de l'enregistrement en studio, les variations pouvant concerner autant le rythme que certaines parties mélodiques... Car une chose est sûre, et confirmée ce soir : le duo n'est jamais en roue libre, l'interaction entre les musiciens s'étend aux spectateurs, et le genre de blues-punk parfois un peu sale qui donne des frissons est souvent présent, on pense parfois au Legendary Tigerman, mais pas que, car le jeu sur les accélérations et/ou ralentissement, s'il n'est pas permanent, est tout de même suffisamment présent pour attiser l'excitation et le plaisir des spectateurs. Il y a quelques morceaux encore tout neufs, certains n'ont d'ailleurs même pas encore de paroles, mais on sent qu'il n'y a pas de révolution dans l'optique musicale choisie, à un titre près que je trouve un poil mou on reste dans le nerveux, les voix se complètent ou se mélangent, parfois à la limite de la dissonance, il y a même un peu de lourdeur dans le son de temps à autres, autant dire qu'on ne s'ennuie pas un seul instant ! On ne peut donc que déplorer de ne pas avoir vu plus de spectateurs, l'excuse d'une sortie en semaine n'étant pas recevable à mon sens...

Il y a sept mois, on avait eu l'occasion de tester Avenue Z à Mains d'Œuvres, pour la Soirée Sale et Sauvage #4, et on n'avait pas forcément été convaincu par la musique du trio, composé du duo guitare-batterie Magnetix (qu'on a adoré il y a trois semaines à la Méca) et d'un claviériste échappé de Catholic Spray. Ce soir, le trio est devenu quatuor, puisqu'un bassiste a été incorporé au groupe, et si le public est ravi de voir le set démarrer sur la machine à rêves, je comprends assez rapidement que ce qui m'avait un peu gêné fin octobre ne s'est pas forcément arrangé. Pour faire court, j'ai le sentiment d'entendre du Magnetix, mais qui aurait été poli, calmé, les morceaux sont très carrés et très propres, et on n'a jamais vraiment l'impression que le concert peut partir dans tous les sens. Je n'ai même pas de reproches à faire concernant la présence des claviers, car ils sont la plupart du temps peu embêtants pour mes délicates oreilles, ce qui est sûr c'est que le bassiste accentue la mise en place et le cadrage des titres. Alors c'est bien fait, on ne va pas le nier, et il y a quelques moments où l'excitation est bien présente, mais contrairement à la plupart des spectateurs j'ai du mal à m'enthousiasmer, le fait que l'habituel animal Magnetix semble domestiqué n'étant pas compensé par des inventions sonores qui retournent un public. Je tente pourtant de m'accrocher, je reste à l'écoute pendant une bonne cinquantaine de minutes, mais le déclic ne vient pas, et comme la fièvre commence à remonter, je décide raisonnablement de ne pas m'acharner, et de quitter les lieux en catimini, le programme des prochaines semaines incitant à retrouver la santé pour en profiter.

La suite, ce sera dès vendredi soir, avec une sacrée affiche au festival Villette Sonique : Frustration et Sleaford Mods, rien de moins ! Et plus tard, il y aura Protomartyr, Hugo Race, Kid Congo, Ausmuteants, et on en oublie sans doute...