Date : vendredi 4 mars 2016

 

C'est bien que je vois le Café de la Danse dans cette configuration, les habituels gradins ont été réduits à 4 petits rangs au niveau de la mezzanine, et pour cette première édition du festival The Big Mo, la date du vendredi soir, consacrée au label Teenage Menopause Records, affiche complet, en dépit d'une affiche pour le moins disparate, le public prenant d'ailleurs pas mal de temps avant de remplir la fosse.

Car il est 19h30 pétantes lorsque le quatuor belge Mountain Bike arrive sur scène, sans ses tenues de basketteurs attendues, et entame un set pour le moins étonnant, puisque le "Dirty Pop / Garage Reaction for Psychotic Children" annoncé correspond en réalité plus à un genre de surf music plutôt propre sur lui, avec une volonté de chiader des harmonies vocales, via les deux guitaristes, le bassiste assurant l'essentiel du chant. Malheureusement, il ne faut pas longtemps pour comprendre que ce n'est pas avec ces Bruxellois que nous allons tomber dans un enthousiasme délirant, les harmonies vocales lassent très vite, la musique même quand elle semble s'énerver reste d'une mollesse infinie, et on a plus le sentiment de se trouver devant un groupe de balloche que devant un set indépendant. Bref lorsque la demi-heure se termine, même si la salle a fini par se remplir, on est bien content que les lumières se rallument !

Le temps de sortir les guitares et la batterie, de mettre en place les claviers et boîte à rythmes, et c'est le duo Violence Conjugale qui prend la scène d'assaut, la sortie de son dernier album étant l'occasion de nous le présenter sous toutes ses coutures. On avait déjà assisté à un concert du groupe au même endroit, il y a un an et demi, et j'étais tombé sous le charme d'un duo plein d'humour, dans sa gestuelle comme dans son approche verbale, et même l'aspect purement synthétique de la musique m'avait convenu, c'est dire si l'a priori est favorable ce soir. Visuellement, le duo est un peu plus espacé, et on sent un petit stress au niveau du timing, ce qui explique peut-être que l'échange avec les spectateurs soit moins percutant et drôlatique qu'il ne l'était en 2014, et le côté "électro-dark-cold" est peut-être également plus prononcé sur le nouvel opus pour que j'y adhère aussi franchement que sur l'album précédent. Sans rejeter totalement la prestation de ce soir, et en sachant que certaines bonnes choses ne se sont pas perdues en route (le chant évoque toujours étrangement celui de Charles de Goal, on a parfois l'impression d'intros à la Frustration...), et au vu des réactions dans la fosse, je pense ne pas être le seul à ne pas être entièrement entré dans le set, trop électro, trop sérieux peut-être, les 50 minutes aux sonorités assez peu évolutives ne laissera ainsi sans doute pas un souvenir imputrescible.

Mais ne nous leurrons pas, si la majeure partie des spectateurs s'est déplacée en ce vendredi soir qui voit le retour de l'hiver, c'est bien pour assister au retour sur scène de Jessica 93, dans une configuration inédite puisque Geoff le one-man-band habituel se retrouve associé à un guitariste et un bassiste, autant dire que le "
Shoegaze Cold Wave Dark Noise" qui définit ou non la musique du groupe va prendre une toute autre ampleur que ce qu'on a jusqu'alors déjà largement apprécié. Et si la boîte à rythmes, elle, est toujours présente, il ne faut pas longtemps pour comprendre la différence essentielle entre les deux versions du groupe : en solo, les morceaux prenaient le temps de se faire, alors qu’en trio on est presque immédiatement au taquet, on rentre directement dans le vif du sujet, et si on perd (un poil) dans la montée de l'intensité, il est vrai que d'avoir des parties de basse ou de guitare plus évolutives et non bouclées apporte un autre sens aux morceaux. D'ailleurs, pour être franc, j'ai eu un mal fou à reconnaître les titres interprétés ce soir, et je persiste à me demander s'il y a eu une frénésie d'écriture ayant abouti à tant de nouveaux morceaux, ou si la relecture des anciens les a tant différencié qu'on ne les devine que par bribes... Pour être franc, si le groupe a récemment repris le titre pornography de Cure sur une K7, ce n'est pas pour rien, on a l'impression de retourner en 1982 ce soir, et même l'aspect scénique (fumées et lumières) rajoute à ce sentiment d'atemporalité. Renonçant en tenter de décoder la set-list, on se laisse emporter par la musique, en remarquant tout de même que le chant de Geoff est plus clair qu'à l'accoutumée, et en notant également qu'une vraie complicité règne au sein du trio, ce qui se traduit sur scène mais également dans la salle, où la fosse ondule comme il faut, et où les spectateurs, fans de la première heure ou simples badauds, savourent l'instant présent, en jetant tout de même un œil sur la montre, car chacun craint la deadline de 22h30... Heureusement, il y a ce soir une autorisation de dépassement léger, alors même si le groupe quitte la scène, il a le droit de revenir, et de clore ces 56 minutes très intenses, surprenantes mais qui laissent un vrai de goût de revenez-y, et comme il faut du temps pour s’habituer au changement, on espère avoir d'autres occasions de se confronter à cette nouvelle formule de Jessica 93, histoire également de vérifier si je réussis la prochaine fois à mettre des noms sur les morceaux qui seront joués ! Bref, que ce soit en solo ou en trio, le plaisir reste toujours le même avec ce groupe...

On laisse passer presque 15 jours avant la release party du nouvel album de Charles de Goal à Mains d'Œuvres...