Date : samedi 6 juin 2015

 

Il y avait beaucoup de concerts tentants en ce samedi soir, mais cela n'empêche pas la Gaîté Lyrique d'afficher complet, avec un public à la fois très féminin et très barbu (ce ne sont pas les mêmes spectateurs, mais on sait désormais où se réunissent les hipsters...), et si l'attente est un poil longue (début du spectacle à 21h pour une entrée dans les lieux à 20h), nul doute qu'elle sera rapidement oubliée grâce à ce qui va nous être proposé.

Ce n'est pas la première fois que l'on assiste à un show de la Colonie de Vacances, y compris ici, mais ce soir la particularité tient en la présence de Greg Saunier, membre de Deerhoof, qui a travaillé avec et pour les 4 groupes (Marvin, Pneu, Electric Electric et Papier Tigre) pour créer quelque chose de totalement nouveau... Après un accueil par Greg en français, comme toujours plutôt décalée, on a droit à un titre de presque trente-cinq minutes, écrit par l’Américain, et cela se sent nettement. En effet, ceux qui sont rétifs à la pop barrée de Deerhoof (on a parfois le sentiment d'avoir un Deerhoof de 12 musiciens...), aux "la la la" ou "na na na" (les deux sont acceptés) un peu niais mais qui utilisés pourtant comme de vrais instruments supplémentaires, ceux-là souffrent un poil, mais pas trop quand même car le morceau mixe des parties bien différentes et bien écrites, en s'appuyant sur les capacités propres des musiciens des quatre groupes installés dans la salle (cf. la set-list plutôt inhabituelle, que j'ai scannée pour l'occasion).

setlist-colonie


La configuration est habituelle, avec Pneu en face de Papier Tigre, Electric Electric à sa gauche et Marvin à sa droite, et un Greg Saunier qui s'est installé avec sa guitare (si l'homme est le batteur de Deerhoof, il quitte parfois ses fûts) sur la même scène que Pneu, ce qui explique que l'attention générale soit fixée sur cette scène... Dans la Colonie, on avait jusqu'à présent l'habitude d'avoir des titres pas trop longs, variés, se jouant à un, deux ou quatre groupes, aujourd'hui ce sont les 12 musiciens qui sont actifs en permanence ou presque, et le résultat est plutôt étonnant ! Le public est plutôt attentif sur ce premier morceau, sentant qu'il s'agit d'un acte unique, et ne se lâchera vraiment (pogo central, slams divers) qu'à partir du deuxième morceau, qui ne durera, lui, "que" vingt minutes avant que les musiciens quittent leurs scènes respectives. On notera tout de même que ce deuxième morceau se sera vraiment démarqué du premier, semblant plus noise, bruyant voire douloureux pour certaines oreilles, si certains y voient du chaos ce n'est pas cacophonique, si certains y entendent du bruit c'est pourtant très organisé. Pour cette première partie on aura senti que le maître d’œuvre est bien Greg, l'ensemble des autres musiciens ne le lâche guère des yeux, et dans ceux des spectateurs on voit briller un bon nombre de petites lumières de plaisir...

Même pas le temps de se réhydrater (il fait chaud, malgré la clim') que les musiciens reviennent en place, et désormais le chef d'orchestre est visiblement le batteur de Pneu, qu'il s'agisse d'une guitare qu'on n'entend pas assez (il file gérer ce problème du côté des Electric Electric), ou d'une intro que le batteur de Papier Tigre effectue avec difficulté (impossible d'échapper à la perfection si on veut que la conjonction des quatre groupes ait un sens), et pour cette deuxième partie c'est sur des morceaux "habituels" (courts, purement noise, aux déflagrations de batteries et de guitares que les basses et synthés accompagnent merveilleusement) que Greg pose sa guitare, on sent que le public est plus réceptif car cela correspond sans doute plus à ce qu'il s'attend à entendre, et ces quatre (cinq ?) derniers morceaux permettent de constater que l'osmose règne toujours entre les différentes scènes. On notera également que l'acoustique aura été très bien étudiée, car sans réellement pouvoir se balader d'une scène à l'autre (la densité de spectateurs incite à conserver sa place, surtout quand le son semble correct dès le départ) on entend vraiment ce qui est joué sur les quatre scènes, il y a un vrai travail totalement réussi à ce niveau également, et comme on se plaint parfois de concerts sur lesquels le son est gâché, il faut l'apprécier pour ce soir ! Au bout d'une prestation pas loin d'être impeccable de 90 minutes (et encore, les petits ratés font partie du spectacle, et permettent de mesurer les difficultés d'une telle entreprise), les lumières se rallument, le public peut quitter la salle tout guilleret et tenter de se remémorer l'ensemble de la soirée, il s'agit de ne pas oublier ce qui vient de nous être offert... Une fois de plus, c'était simplement ici qu'il fallait être ce soir.

La suite devrait être bien plus calme, puisque c'est Kent qui investit le 104 ce mercredi.