Date : vendredi 24 avril 2015

 

On continue la découverte de "nouveaux" lieux de concerts en ce vendredi soir, avec le Chinois de Montreuil, un ancien restaurant (chinois, vous l'aurez imaginé) reconverti en salle de concert sans chichis : à part trois tables et bancs attenants en bois, il n'y a qu'un baby, un grand bar et une scène bien surélevée dans un angle, on ne fait vraiment dans le tape-à-l'œil ici mais plutôt dans l'efficace ! Entrée gratuite, pinte à 5 euros, on voit d'où va provenir la recette ce soir...

Alors que les spectateurs sont restés extrêmement peu nombreux jusque là, et que certaines dindes auront choisi d'investir d'autres lieux, il suffit que les Daltons montent sur scène pour avoir le sentiment d'un afflux soudain, à croire que beaucoup traînaient au troquet d'en face en attendant le début des concerts... On avait vu le quatuor à l'Alimentation Générale il y a quelques mois, en ayant à l'époque apprécié les morceaux proposés, mais ce soir c'est une autre paire de manches, j'ai carrément l'impression de ne pas avoir le même groupe devant moi, et je préférais largement l'ancien ! Je m'explique : à l'époque, les références qui me venaient à l'esprit tenaient en certains groupes français pop-rock des 80's, tandis que ce soir c'est plutôt Philippe Katerine qui s'impose à moi, dans la façon de chanter-déclamer les textes plus qu'au niveau musical, mais c'est assez perturbant, et si tout cela est fait très proprement, j'ai beaucoup de mal à m'enthousiasmer pour ce qui nous est proposé. Bien sûr, on retrouve la reprise de Jonathan Richman (pablo picasso) ou le costume de merde qui peut amuser, mais dans l'ensemble on a du mal à croire que à la réalité du rock'n'roll fucked my life, et si on trouve un bon nombre de danseurs juste devant la scène, ce ne sont sans doute pas les adeptes du deuxième groupe qui se trémoussent avec le sourire pendant la cinquantaine de minutes. Bref, je ne sais pas si cela vient du groupe ou de moi, mais il y a bien un hiatus entre les deux expériences live des Daltons !

Le deuxième groupe à grimper sur la scène est loin d'être un inconnu, puisque ce sont les Olivensteins qui viennent nous présenter leur nouveau batteur (certains l'avaient déjà vu, entendu et apprécié en showcase la semaine dernière), avec un set très complet qui n'est pas loin de réunir tous les morceaux interprétés depuis la reformation, mais comporte en sus de nouveaux titres, qui font partie des enregistrements studio en cours. En formule quatuor donc, le groupe démarre avec un c'est trop fort qui place la barre bien haute, le son est bon, les musiciens bien en place, et Gilles est déjà au taquet, avec ou sans son harmonica. Les titres déjà connus ont repris une nouvelle jeunesse avec ce jeu de batterie qui booste l'ensemble du groupe, la guitare est bien directe, et si la basse est plus en retrait, le public est lui aussi entré dans le set et accompagne le groupe, de la tête ou du corps, avec une ferveur non dissimulée. Un premier nouveau titre, ou plutôt une réécriture d'un plus ancien, survient avec sujets en bois, déjà entendu lors de concerts précédents sous le titre pourquoi penser à moi, mais avec d'autres paroles et une orchestration moins incisive que celle de ce soir, et un réellement nouveau, jolis cœurs, prouve que Gilles et ses comparses ne se reposent pas sur les lauriers originaux des Olivensteins ou des divers groupes au sein desquels Gilles a pu officier au fil du temps, c'est un très bon avant-goût de ce qui est en cours d'enregistrement, et la preuve qu'un retour après 30 ans et quelques de silence n'empêche pas d'avancer et de continuer à créer ! Une nouvelle démonstration de l'apport du nouveau batteur est faite avec patrick henry est innocent, difficile de résister à la rythmique combinée aux paroles acides quoique probablement incompréhensibles aux plus jeunes spectateurs, et Gilles en profite pour faire une petite incursion dans la fosse, et ce ne sera pas la dernière de la soirée... Grand chef fait un retour très apprécié dans la set-list, mais que dire de fier de ne rien faire ? Même les plus jeunes en connaissent les paroles, et c'est un plaisir d'en reprendre le refrain en chœur, c'est l'occasion ou jamais de se lâcher. Les musiciens sont en grande forme, cela vaut d'ailleurs mieux pour eux, étant donné qu'ils ont un set d'une durée bien supérieure à leur moyenne, on remarque que ce soir Vincent n'a pas recours aux petites bidouilleries habituelles, cela rend le son bien punk, et assez éloigné du son pub-rock qui marquait la musique du groupe lors de son retour. Un autre nouveau titre, temps de chien (le "maudit" a sauté en une semaine), s'insère avec aplomb et réussite au sein des autres titres, juste avant un je hais les fils de riches qui aurait mérité plus d'attention et d'applaudissements de la part du public, à mon sens, sans doute est-il arrivé au moment où certains se ravitaillaient au bar pendant que d'autres se vidaient aux toilettes ou se ressourçaient au fumoir... Le set principal se terminera sur un euthanasie magistral, malheureusement pas non plus apprécié à sa juste valeur selon moi, et le groupe peut quitter la scène.
Bon, en fait il ne la quitte pas, car ce ne serait pas vraiment pratique de faire un aller-retour dans les loges, mais on fait comme si, et on peut donc passer directement au rappel : toujours aussi âpres, les morceaux présentés datent de diverses époques, mais sont toujours au top, il n'y a pas eu de baisse de tempo ni de qualité, et ces trois titres donnent envie d'en reprendre encore un peu. Alors, deuxième fausse sortie, deuxième faux rappel, de quatre titres celui-là, on en retiendra que la colère monte ne devrait jamais être absente des concerts du groupe, tant on sent que Gilles la vit et la fait partager avec talent, et on peut terminer ces 80 minutes avec le vampire, on est rassuré, le groupe aura montré les dents jusqu'au bout, et se sera vraiment approprié tous les titres joués ce soir, des plus connus jusqu'aux dernières nouveautés. Un petit bémol : de mon point de vue, il n'y a pas grand-chose à redire à la set-list, mais on a senti certains spectateurs moins attentifs sur les rappels, peut-être eût-il fallu conserver un "hymne" (euthanasie ou fier de ne rien faire, par exemple) pour réinsuffler un peu d'énergie au public qui ne s'attendait sans doute pas à cet assaut de (largement) plus d'une heure. Mais cela reste du pinaillage de scribouillard, on aura passé une sacrée soirée, même si devoir supporter du Boney M derrière les Olivensteins est vraiment un coup de vache !


Set-list :

  1. C'est trop fort
  2. Vivement que je sois vieux
  3. Né pour dormir
  4. Sujets en bois
  5. Jolis cœurs
  6. Patrick Henry est innocent
  7. Grand chef
  8. Fier de ne rien faire
  9. Les catalogues
  10. Temps de chien
  11. Je hais les fils de riches
  12. Juste (?)
  13. La nuit tragique
  14. Euthanasie
  15. Faux rappel : J'ai craché mes amygdales
  16. Je suis négatif
  17. Le spécialiste
  18. Faux rappel 2 : Plaire
  19. Inavalable
  20. La colère monte
  21. Le vampire


La suite, ce sera soit mercredi prochain (the Craftmen Club au Divan, en discussion), soit jeudi (the Experimental Tropic Blues Band à l'Olympic, de manière certaine).