Date : vendredi 22 août 2014

 

7 ans que je n'avais pas mis les pieds ni les oreilles à Rock en Seine, faute d'un programme qui me convienne suffisamment pour me décider à assister à un festival, le genre de fausse bonne idée qui peut rapidement se transformer en concours d'attente et de patience entre les concerts attendus et ceux auxquels on préfèrerait échapper...

Pas de pluie à l'arrivée au Parc de Saint-Cloud, mais un ciel qui s'assombrit de plus en plus, une foule déjà très importante à l'heure de l'ouverture des portes, et surtout l'auto-interdiction de rater le début des festivités, car Jessica 93 (à prononcer "Jessica neuf trois" ?) fait partie de ce que l'on ne veut pas rater ! On a vu le bonhomme début juillet à la Ferme Électrique, seul sur scène avec ses basse, guitares et boîtes à rythmes, et la claque que l'on avait prise alors n'est pas oubliée, et n'est nullement remise en cause après la quarantaine de minutes de ce début d'après-midi sur la Scène de l'Industrie. En effet, on retrouve tout ce qui nous avait plu, c'est-à-dire une énorme énergie, des basses qui vous rentrent dans le plexus, et des rythmiques suffisamment répétitives et hypnotiques pour que l'empilement de boucles de guitares aux sonorités bien sales ne tienne pas de la démonstration de force mais bien de l'excitation toujours croissante, et les références qui peuvent surgir au fil des morceaux varient de Jesus and Mary Chain à Dominic Sonic, sans oublier les Sisters of Mercy (Dr Avalanche n'est jamais très loin...), soit un panel très incomplet mais assez représentatif de ma discothèque... Bref, avec cette maîtrise parfaite du larsen (on s'apercevra un peu plus tard que le jeu n'est pas si évident), c'est le début de festival idéal, la foule pas encore trop dense devant la scène est visiblement conquise, et on peut filer rejoindre une autre scène avec déjà la figure enjouée et les oreilles plus qu'agréablement titillées.

La surprise, de mon côté du moins, c'est qu'il y a désormais 5 scènes, contre 3 précédemment, et subséquemment toujours deux concerts en simultané, ce qui explique qu'on passe obligatoirement à côté de certains groupes qui ne seront ainsi pas cité ici. Occupons-nous donc de ce que nous voyons et écoutons, et de ce quatuor suédois 100% féminin nommé Tiger Bell qui œuvre à la Scène Pression Live. Les filles font le buzz depuis plusieurs mois déjà, et c'est aujourd'hui l'occasion de compenser les rendez-vous ratés successifs de leurs dates parisiennes, et on peut dire que cela démarre plutôt bien, dans une optique punk-pop à la Sahara Hotnights (premiers albums) qui n'est pas vraiment mise en valeur par un son minimal et étouffé (au fil du set, les choses s'amélioreront un peu...). Malheureusement, cette comparaison reste prégnante tout au long des morceaux qui défilent, et pas vraiment à l'avantage de Tiger Bell, car le sentiment qui prédomine est qu'il pourrait s'agir de chutes de studio des Sahara Hotnights qui n'auraient pas été conservées par manque d'originalité, et ce "pareil mais en moins bien" n'incite pas à rester hyper attentif au set, même si la reprise du ça plane pour moi (Plastic Bertrand) laisse croire que le français est presque la langue maternelle des Suédoises... Petite déception, donc, surtout due à ce manque d'originalité, le groupe en lui-même n'étant pas forcément désagréable.

Le temps de prendre une frite et une bière (très chers, comme tout ce qui se vend à Rock en Seine !), et nous revoilà devant la Scène Pression Live pour assister à la prestation de Traams, un trio anglais comme son nom ne l'indique pas, dont les deux premiers titres oscillant entre pop-rock et noise, avec présence de larsens prédominants, font plutôt bonne impression. Mais dès le troisième titre, patatras, on se rend compte que si l'énergie des premiers morceaux a quasiment disparu, pour céder la place à des longueurs interminables, les larsens ne sont plus intéressants mais stridents, et on décide donc rapidement de ne pas rester là, les quelques gouttes de pluie qui nous ont atteints n'ayant aucune responsabilité dans notre éloignement vers des cieux qui ne seront pas forcément plus cléments...

On passe alors à proximité de la Scène de la Cascade, mais on ne peut pas dire que les choses s'arrangent réellement au niveau auditif, puisque ce que nous propose Wild Beasts est totalement indigeste : un genre de pop, avec un chanteur à très belle voix, le tout n'évoquant guère plus qu'un mélange (pas si) improbable entre Phil Collins et Joe Cocker, ou comment réussir à être très chiant et sans aucun intérêt !

Clairement, on est dans le creux de la programmation, et c'est loin d'être fini, car c'est ensuite Jake Bugg que l'on va tester sur la Grande Scène, et le moins que l'on puisse dire est que l'on ne s'attendait pas à ça : annonçant de la "folk/indie/country", mais étant également comparé partout à Bob Dylan, le petit Jake nous offre effectivement de la country de base (bas-étage ?), et si le vieux Bob a une voix nasillarde, il est difficile de trouver pour Jake une affiliation autre que celle de "chanteur à la voix de canard", le tout rendant impossible la résistance à cette épreuve plus de deux morceaux. En un mot, c'est totalement insupportable !

La suite, c'est sur la Scène de la Cascade, et c'est une grande première pour moi, puisque voir Blondie sur scène est quelque chose que j'attendais depuis très longtemps, voire même n'espérais plus, et il y a évidemment un mélange d'excitation et d'angoisse qui me saisit à l'heure où le groupe arrive sur scène, accompagné par la véritable première belle averse de l'après-midi et les partisans en version russe (le groupe a dû confondre avec la fête de l'Huma). Blondie, ou plutôt Debbie Harry (cheveux blonds platine dont on se demande s'il ne s'agit pas d'une perruque...), Chris Stein et Clem Burke accompagnés de nouveaux musiciens, est globalement en tournée pour les 40 ans du groupe, mais également pour soutenir la sortie du nouvel album, ce qui explique qu'on aura un set mélangeant anciens (voire très anciens) titres et petits nouveaux, et un public qui réagira pus ou moins bien suivant les morceaux. d'entrée, one way or another rassure ceux qui craignaient la set-list orientée "nouvel album", mais l'alternance avec les nouveaux titres montre très vite qu'il va être difficile de s'habituer à ces derniers, pas toujours inoubliables, aux sonorités actuelles ne faisant pas forcément rêver, bref on se rassure en se raccrochant aux hits historiques, en espérant qu'ils ne soient pas massacrés... Qu'on se rassure, ce n'est pas le cas, musicalement cela tient la route, même si l'intro de hanging on the telephone est clairement ratée, contrairement à celle de call me (Clem Burke à la batterie) par exemple. Maria est tout à fait acceptable, rapture est une franche réussite, tandis que atomic se termine par un solo ridicule de type hard-rock dont le morceau n'a vraiment pas besoin... Mais la principale difficulté tient en la limitation vocale de la chanteuse, qui n'arrive clairement plus à pousser sur atomic, et de manière encore plus caricaturale sur call me, titre sur lequel la participation vocale du public est demandée, voire une nécessité. En revanche, la reprise des Beastie Boys (fight for your right) est extrêmement appréciée du public, qui a pu retirer les capuches et apprécier les multiples arcs-en-ciel, et c'est donc avec un sentiment mitigé que l'on quitte cette scène, à la fois content d'avoir enfin assisté à un concert du groupe et quelque peu attristé de ne l'avoir pas vu au temps de sa splendeur et du sommet des capacités vocales de Debbie. Bref, pas forcément de surprise au final, mais au moins c'est fait !

On se précipite alors vers la Grande Scène, car les Suédois de the Hives sont sur le point d'entrer sur scène, devant un immense décor de marionnettiste aux yeux rouges manipulant les lettres composant le nom du groupe, la musique des dents de la mer retentit, et le quintet arrive sur scène, chacun en veste et chemise blanches, pantalon noir (toujours classieux), et ça démarre sur come on!, titre qui établit les règles musicales qui vont régner ici pendant plus d'une heure : du punk, rapide, entre Stooges et Ramones, pas un seul pain, c'est énergique, fun, il est impensable de ne pas remuer le moindre petit orteil, et la foule qui est installée là (ce jour est sold-out, soit environ 40 000 spectateurs !) réagit au quart de tour, même si le chanteur prend un malin plaisir à asticoter le public... Car si la musique est extrêmement importante, et c'est logique, il faut noter qu'un concert des Hives vaut également par la performance de son leader Pelle (des spectateurs brandiront une affiche proclamant "pelle for pope" !), qui se joue des éléments contraires (un micro plus que récalcitrant) en emmenant l'ensemble du public avec lui. Comment fait-il ? Il use et abuse avec un humour manifeste d'une pseudo-mégalomanie, à laquelle chacun adhère bien sûr, il est le meilleur chanteur du meilleur groupe du monde, il se fait obéir de ses spectateurs au doigt et à l’œil, et comme la complicité est évidente (comme à chaque fois que j'ai assisté à un concert du groupe), cela fonctionne à 100%, et il peut se permettre de faire durer la présentation des musiciens comme un intermède entre deux titres sans que le moindre sifflet ne remonte de la fosse ! Les titres joués sont un mélange de nouveaux titres et d'anciens, mais il n'y a pas de distinction évidente entre les deux, le groupe possède un son et un savoir-faire qui lui permettent de rester en permanence à un excellent niveau musical, et si go right ahead, walk idiot walk ou tick tick boom déclenchent une ferveur un peu plus impressionnante, c'est sans doute dû à l'ancienneté plus qu'à une valeur supérieure... On notera pour la bonne bouche les excellentes version de two-timing touch and broken bones ou patrolling days, et la proximité entre le groupe et la France, symbolisé par le drapeau bleu-blanc-rouge orné de la devise "liberté égalité and the hives" que Pelle s'amuse à agiter de temps à autres, c'est un peu débile mais ça fait du bien de sourire comme ça ! Un petit départ, puis un rappel sous le signe de my time is coming, et il est temps de se redéplacer vers la Cascade, après avoir de manière évidente avoir assisté à LA prestation du jour - ou plutôt de la soirée, puisque désormais la nuit est tombée et qu'on a du mal à distinguer les trous dans le sol.

Sur la Scène de la Cascade, c'est un trio sud-africain quia attiré la foule, les t-shirts à l'effigie de l'un ou l'autre des membres de Die Antwoord sont légion sur le site, et on constate très vite que le rap du groupe est pour le moins particulier. En effet, s'il y a un DJ pour deux chanteurs (un et une), ce qui n'est pas inhabituel, nous avons la confirmation que l'homme a une voix très grave, et qu'il multiplie les insultes à longueur de phrases, que la femme a un timbre suraigu, qu'elle utilise beaucoup pour pousser de petits cris de musaraigne, que la musique a une ampleur immense, et que c'est rigolo deux minutes avant de lasser très rapidement... Il y a une jeu de scène, des vidéos, mais tout cela ne me suffit pas, et on en profite pour tester le kebab américain de fin de soirée, que l'on ne recommande pas forcément aux possesseurs d'estomacs délicats...

La suite, c'est d'abord la tête d'affiche du jour, puisque les Arctic Monkeys sont sur la Grande Scène, qu'ils ont un nombre de fans hallucinant (mesuré par la quantité de t-shirts arborés sur le site), et qu'il n'y a plus un centimètre carré de libre sur la pelouse à l'heure où le groupe entame son set. Verdict ? Je suis pour le moins circonspect, car la musique n'est pas désagréable, mais manque tout de même singulièrement d'énergie et d'ampleur (une guitare de plus ferait-elle l'affaire ?), les titres sont gentillets sans plus, la voix du chanteur est quelconque, et on en retiendra surtout qu'on pourrait apprécier ce genre de choses émanant d'un petit groupe dans une cave, mais pas d'une tête d'affiche dont on a du mal à comprendre le phénomène. Ce n'est pas nul, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, mais c'est sans doute largement surestimé, et sans grand intérêt...

Remarquez, on peut tout de même trouver de l'intérêt aux Arctic Monkeys après avoir entendu ce que nous propose Trentemøller sur la Scène de l'Industrie, tant le compositeur danois pourrait faire mieux avec les musiciens à sa disposition. En effet, quel gâchis de ne pas utiliser le vrai groupe sur scène (de vrais instruments !) pour autre chose que du grand n'importe quoi habillant une rythmique électro, aboutissant par exemple à une reprise totalement méconnaissable de lullaby (Cure), ce qui n'est pas interdit, mais cette reprise n'a aucun intérêt, ce qui est plus dommageable... Alors on se met en mode oreilles fermées, on s'apprête à rejoindre le tramway du retour, archi bondé comme on peut l'imaginer, et on va se coucher le plus vite possible, car les hostilités sont loin d'être terminées !

En effet, la suite c'est dès ce samedi, même motif même punition, même endroit mais programmation différente, on attend d'assister aux prestations de Portishead, Émilie Simon ou the Horrors, entre autres...