Date : dimanche 3 août 2014

 

Après avoir œuvré avec - ou pour - les autres (Mano Negra, Wampas, Gaetan Roussel, entre autres), Jo(seph) Dahan se décide à sortir son premier album solo. Concocté en solo, certes, mais avec l'appui d'amis tels qu’Éric Martin, Philippe Teboul ou France et Sylvain Cartigny, qui se sont mis au service et au diapason du maître.

Car cet album, court et dense (12 morceaux en moins de 30 minutes !) est clairement l'album d'un seul homme, on y retrouve ses seules influences, et on n'imagine guère ses comparses qu'en exécutants, de qualité évidemment, mais sans influence notable sur la rondelle !

La pochette est parlante, puisqu'on y voit les mains de Joseph y empoigner une guitare électrique par le manche, on imagine qu'il va la fracasser par terre, ce qui peut laisser à penser que cet album va être assez éloigné des habitudes bien électriques du bonhomme... Et effectivement, ceux qui attendaient des grosses guitares ou du gros son vont être surpris, tant les chansons que l'on retrouve sur cet album sont posées, plus proches d'un rock français de qualité que de rock en français. Si références il doit y avoir, elles vont en étonner plus d'un puisque ce sont par exemple les mânes du Bashung des années 80 que l'on invoque ici, tant dans les textes et musiques (le tubesque et très rentre-dedans c'était mieux avant et son énumération humoristique sur une musique répétitive et hypnotique, rue de belleville en manière de ballade digne de cendrillon de chinatown ancrée dans la réalité parisienne) que dans le chant lui-même (le tranquille encore un diamant). Ce dernier titre peut également rappeler le souvenir d'un Jeff Bodart, comme sur musiques d'aéroport ou elle y croit, tant du niveau du chant que de celui des paroles. Mais qu'on ne s'y trompe pas, il n'y a nulle copie ici, puisqu'on peut également imaginer des liens avec le Clash (la version enfantine de career opportunities sur "sandinista") ou un clin d'œil aux Bérurier Noir (salut à toi) sur minorité aux chœurs omniprésents. Rock français donc, mais également une once de country-blues déviante (silence please, une reprise de la Stella des 60's) ou une valse lente (le chant des sirènes), qui ne déparent pas dans l'ensemble.

Le chant est bien mis en avant, avec des paroles très compréhensibles, et cela tombe bien car elles sont plutôt intéressantes, dans le rapport au réel et au quotidien : silence please ou musiques d'aéroport parlent simplement et sans animosité évidente des musiques et du bruit omniprésents (et donc insupportables) dans la vie de tous les jours (de l'ascenseur au coiffeur), tandis que la drôlatique tout l’monde, adaptation en français d'un titre des Saints (donc bien pêchu) en duo vocal avec France Cartigny, aborde l'amour sous un angle que n'auraient pas renié Bashung et Bergman ('faut qu'tu me prennes sur le champ, ou dans la cuisine'). On sent le rire jaune du banal et misérable drame quotidien avec enfants d'salauds (ou comment détrousser ses proches en dix leçons), un poil atténué par de petits sons sympathiques de type Bontempi au passage.

Petit passage vers la pop anglaise des 60's, avec le titre éponyme aux paroles minimalistes et absurdes, qui permet à l'auditeur de se laisser titiller les zygomatiques, alors que le reste de l'album est plutôt branché 80's, sans pour autant rappeler les synthés cheap, et encore moins les styles vestimentaires ou capillaires...

Parfois les paroles sont moins directes, comme sur expresso bongo qui laisse à l'auditeur le choix de l'interprétation, pour d'autres (elle y croit) elles se moquent gentiment d'amies légèrement azimutées aux croyances inoffensives mais drôles ('des extra-terrestres, un ange-gardien, une flamme violette, des squelettes de plusieurs mètres'), et là aussi les jeux sur les mots et sonorités nous évoquent de glorieux anciens.

Musicalement, on est loin du rock le plus féroce, c'est pourquoi des envolées de guitares saturées telles qu'on en trouve sur la rue de belleville vont surprendre plus d'un auditeur, ce qui est manifestement le but recherché !

Au final, on se retrouve avec un album varié, intense, où cohabitent avec réussite le calme et l'excitation, et ce décalage, marque de son auteur, pourrait faire le bonheur de nombreuses radios, pourvu qu'elles ne soient pas trop commerciales...

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dahan

 

 

Tracklist

 

  1. C'était mieux avant  
  2. Silence please  
  3. Musiques d'aéroport  
  4. Le chant des sirènes  
  5. Encore un diamant  
  6. Enfants d'salauds  
  7. Tout l'monde  
  8. Expresso bongo  
  9. Minorité  
  10. Je donne ma langue aux Anglais  
  11. Elle y croit  
  12. La rue de Belleville