Date : vendredi 17 janvier 2014

 

 

Le Gibus Café se remplit petit à petit, en ce vendredi soir, avec des jeunes et des moins jeunes, des filles et des gars, on sent que tout ce monde se connaît peu ou prou, au moins par alliance, et cela offrira une atmosphère très sympa tout au long de la soirée (on ne parle pas d’atmosphère au sens olfactif, ici, car l’ouverture de la porte des toilettes créera à chaque fois une onde de pollution nasale assez effarante !).
 
Une heure après l’horaire annoncé (on est dans les normes parisiennes), les quatre Dead Boobs montent sur scène, largement encouragés par toute une fosse, qui comprend également les membres du groupe suivant au premier rang, et dès que le chanteur-guitariste a ôté son t-shirt, ça peut démarrer, en finesse bien entendu... Au programme, une totale absence de sérieux, une musique street-punk/oï peu variée, des textes entre basique et ironie (merguez et cgt, patrons...), en tout cas lorsqu’on comprend les paroles (on ne dépasse pas le 25% de compréhension), des rappels qui n’évoqueront pas grand chose aux plus jeunes (malik oussekine), de la référence locale (ménilmontant), du énième degré (violence), le tout enrobé de private jokes auxquelles même le pékin lambda comprend l’essentiel, beaucoup d’auto-dérision, et de l’énergie à revendre. Alors on peut ergoter, estimer que pas mal de morceaux se ressemblent beaucoup, que les blagues sont un peu récurrentes, qu’il est dommage de cacher son batteur derrière un plexiglas, ou encore que reprendre Bruel serait sans doute plus drôle si on était capable de reconnaître le titre original (la reprise du smells like teen spirit est ainsi d’autant plus réussie qu’elle est abrégée), le résultat est là : une fosse qui bouge beaucoup, des spectateurs qui chantent et reprennent en chœur les slogans, et une cinquantaine de minutes qui finalement s’avère pas si désagréable, même si on ne s’attendait pas forcément à ce genre de prestation. Je ne dis pas que j’en reprendrais volontiers en tête d’affiche, mais en première partie ça le fait plutôt !
 
Le temps de changer la configuration de la scène, de jeter un œil à la très belle exposition de dessins de Léa Nahon, et aussi de tenter d’effectuer une balance (objectif inatteignable dès le départ...), et les 6 Warum Joe entament leur set, dans les conditions les moins optimales qui soient, puisque la scène est sans doute trop étroite pour contenir les claviers et boîte à rythmes, les deux guitares et la basse, et que visiblement les musiciens ne s’entendent pas jouer, ce qui va occasionner pas mal de quiproquos tout au long de la soirée, et un certain nombre de pains... D’ailleurs, dès datcha, qui inaugure le set, le chanteur oublie une partie des paroles, ce qui ne le dérange visiblement pas plus que cela, et cela ne sera que la première d’une liste assez conséquente d’erreurs, pour lesquelles on peut sans doute autant incriminer l’acoustique de la scène que la mémoire du leader... Peu importe, d’ailleurs, car l’important est que la set-list de ce soir est phénoménale, très orientée sur les débuts du groupe (oui, on remonte plus de trente ans en arrière !), et les morceaux, même s’ils sont parfois un peu écorchés, ne peuvent que créer la joie dans le public, la fosse est durant tout le concert un immense pogo, mais toujours dans le sourire, chacun est heureux d’être là, et si les applaudissements ne sont pas légion, les sifflets et les mouvements de foule compensent allègrement ce léger manque. Beaucoup de vieux titres, donc, puisque datcha est suivi par une demi-douzaine de titres remontant eux aussi à l’époque de “dans le brouillard” et “tanzen und trinken”, et si on remonte le temps petit à petit vers les albums plus récents, on sent que la volonté de faire plaisir au plus grand monde est réelle, et on peut citer bogota et idi amin comme exemples de morceaux qui font encore monter la température, si cela est encore possible... Autre exemple, l’enchaînement les cosmopolites/le camionneur/les avortons fait également un sacré carton, et pour le fan de base, qui se contente d’écouter sans pogoter, l’émotion est immense, et les problèmes techniques ne gâchent rien à ce pur moment de plaisir ! Car en sus des désagréments inhérents au lieu (on le suppose, du moins), le bassiste se voit assez rapidement délesté de pas moins de deux cordes, ce qui explique que sa tentative de poursuivre jusqu’au bout son taf est suffisamment compliquée pour qu’il finisse par jeter l’éponge au bout de la set-list prévue, soit après pas moins d’une heure et 23 titres interprétés... On peut tout de même ajouter que la reprise de l’aigle noir (Barbara) est l’un des sommets de la prestation, et que si les trois derniers albums en date (datés de 1990, 1993 et 2003) ne fournissent qu’une grosse demi-douzaine de titres ce soir, ceux-ci n’en sont pas moins incontournables et aussi bien accueillis que leurs ainés, preuve s’il en est que les spectateurs connaissent et apprécient l’intégralité de la discographie du groupe, ce qui offre le même accueil à l’intégralité des morceaux exécutés.
D’ailleurs, lorsque la set-list prévisionnelle est terminée, le public en redemande, et le groupe n’est pas vraiment réticent, alors on rajoute un titre, puis encore un, puis encore un, et pour finir, car il commence à se faire tard, c’est avec un définitif c.f.c. que s’achèvent ces 80 minutes passionnantes, bordéliques, énergiques, 100% agréables, bref un nouveau moment de pur plaisir, qui confirme que même dans des conditions acoustiques et techniques difficiles, un bon groupe peut créer quelque chose de sensationnel ! Vivement la prochaine, en espérant ce coup-ci que cela ne sera pas en concurrence avec un autre concert (ben oui, ce vendredi soir, j’aurais bien aussi tenté Tony Truant à l’Alliance...).
 
 
Set-list :
  1. Datcha
  2. Peste noire
  3. El Condor
  4. Tchang
  5. Ralph & Karl
  6. La colline des potences
  7. Music box
  8. Mauser fucker
  9. Bogota
  10. Idi Amin
  11. Effluves
  12. Electrolyse
  13. A.I.D.
  14. Les cosmopolites
  15. Le camionneur
  16. Les avortons
  17. Ukraine hop
  18. L’aigle noir
  19. Carpates show
  20. Bloody mary
  21. Loto critique
  22. Sun Tsu
  23. Ballroom au Ritz
  24. Sang famille
  25. Peine totale
  26. Love me tendo
  27. C.F.C.
La suite, ce sera dès mercredi au Petit Bain, avec le retour de TV Smith et des UK Subs.