Date : 13 décembre 2012

 

Si les concerts en semaine empêchent les plus jeunes de sortir, école du lendemain oblige, cela n’aura pas empêché le Trabendo d’afficher un gros taux de remplissage en ce jeudi soir, avec un public globalement trentenaire, voire plus, mais très motivé, venu d’un peu partout, à croire que l’affiche plutôt variée est bien réussie...

 

Pas d’explications oiseuses, j’ai raté la première partie car je savais qu’il y avait 4 groupes, et je ne me suis simplement pas pressé... J’ai donc loupé (ou échappé à ?) le set de Komplikations, qui se présentait comme “synth-punk”, et que d’aucuns m’ont décrit comme “du Frustration sans guitares”... Preuve de leur probable bon goût, les Belges reprennent le titre kasi éponyme de Killing Joke, ce qui doit être une chose intéressante à entendre, voire à voir... ce sera pour une prochaine fois !

Ce que je ne rate pas commence par Giuda, un groupe italien qui a rameuté du monde sur son nom, et dont le “glam rock” très référencé 70’s pourrait semblé décalé dans cette soirée mais qui fait un tabac ! Avec ses deux guitaristes et son chanteur en veste de jean, le combo nous plonge 40 ans en arrière, avec parfois des sonorités légèrement moins éloignées, mais si peu (Clash, Iggy Pop...), l’essentiel du temps il s’agit de flirter avec le hard rock dans sa version la moins bourrine, sans sombrer dans la profusion de solos, et on ne peut nier que l’énergie dégagée par le groupe contamine la salle. Cela n’empêche pas d’aller vers le bar, ce genre de groupe est sympa mais à la longue cela finit par se répéter un brin, et on sirote sa bibine en attendant la suite...

 

Car c’est bien Frustration qui a attiré autant de monde ici ce soir, le (trop rare) groupe francilien en profitant pour faire la promo de son tout dernier opus, le nommé “uncivilized” encore tout chaud et qui va constituer une bonne partie du répertoire d’aujourd’hui. Cela commence d’ailleurs avec deux nouveaux titres, worries, que l’on avait déjà entendu sur scène, et around, qui confirme tout le bien que l’on peut penser de l’album, et du groupe en général... En regardant autour de soi, on peut constater que les spectateurs affichent des sourires béats, quand ils ne rentrent pas en transe à chaque nouveau titre (pour ceux-là, on peut se demander si le niveau d’alcoolémie n’aide pas un peu...), et comme les temps morts ne sont pas légion, autant dire que les zygomatiques sont largement mis à contribution ce soir ! Emmenés par un Fabrice des grands soirs, tant dans la voix que dans l’attitude scénique (il focalise l’attention sur lui, et n’a pas besoin d’en surjouer), les musiciens sont au taquet, du batteur et du bassiste, tous deux assez sobres dans leur jeu et leurs postures, jusqu’au guitariste, que l’on sent affûté comme jamais, et dont les sons acérés lacèrent les enceintes, en passant par le clavier, au top de sa forme, qui se permettra même d’y aller de son petit stage diving, abandonnant ses instruments en mode automatique, ce qui pourrait faire ricaner certains (on en connaît, des rétifs aux claviers !), mais il ne s’agit que d’un abandon momentané, au contraire le set est ce soir beaucoup plus centré sur les synthés et autres machines à bidouilles, ce qui n’est ma foi même pas désagréable... Entourés de trois immenses tableaux de Baldo, qui rappellent sans risque d’erreur les pochettes des albums/EP du groupe, les musiciens enchaînent les titres de manière presque continue, personne n’a le temps de souffler, on n’a parfois même pas le temps d’applaudir, à croire qu’il n’y a pas un instant à perdre avant la fin du monde... Peu d’échanges donc avec le public, mais peu importe, les anciens titres sont reconnus dès les premières mesures, repris en chœur à l’occasion, et ça danse et ça tangue à qui mieux mieux, impossible de rester impassible devant une telle démonstration de force, on sent que le groupe veut impressionner, et il y réussit totalement, tant on constate à quel point les morceaux sont carrés, efficaces, et certains estiment, à juste titre sans doute, que Frustration est en train de passer un cap, et que le groupe pourrait devenir une véritable machine de guerre scénique, si seulement il avait (ou offrait) l’occasion de se produire un peu plus ! Si tous les titres font réagir dans la fosse, on peut faire ressortir le single midlife crisis, qui ne pâtit absolument pas du fait de n’être paru qu’en 45 T vinyl, et les deux petits nouveaux assassination et uncivilized, dont les tempos emportent tout sur leur passage. On n’aura cité ici que les morceaux les plus récents, de manière évidente les anciens titres créent immédiatement l’émeute, de no trouble à too many questions, et on constate même que le chanteur de Komplikations passe toute la deuxième partie du set à danser, hurler et sauter partout sur la scène, allant jusqu’à grimper sur le dos d’un bassiste hilare quoique visiblement étonné...

Et si le groupe fait mine de quitter la scène après 50 minutes d’une densité folle, il ne reste pas absent plus de deux minutes, le temps de retrouver Fabrice pour un we have some... sur lequel le Trabendo entier chavire, avant de voir Nicus gérer le chant sur une reprise étonnante, et plutôt décalée par rapport au reste du set, du i’m sure we’re gonna make it, du très hollandais (et encore plus méconnu) Ivy Green, un morceau très punk et très direct, sur lequel Fabrice se contente de faire les chœurs, dans l’ombre de son bassiste, avant de terminer l’heure (chrono en main !) par un blind incontournable, histoire de terminer en apothéose cette prestation que beaucoup considèreront comme la plus aboutie du groupe depuis ses débuts ! Sans aller jusqu’à être aussi radical, on peut tout de même avouer que jamais on n’aura senti une telle force dans le groupe, qui s’appuie sur ce nouvel album sans failles pour tracer un chemin qu’on imaginerait bien aller assez haut, et on parierait bien que 2013 sera l’année Frustration !

 

Difficile derrière cet ouragan de s’intéresser au dernier groupe de la soirée, ce qui explique que la fosse soit très vide lorsque Dick Voodoo entame son set, mais le duo havrais va assez vite rameuter les troupes avec une électro qui évoque de manière évidente un autre duo mythique, Suicide, en reprenant au passage le ghost rider des new-yorkais dans une version très proche de l’original. Un chanteur, un bidouilleur, rien de plus, tout se joue donc sur la capacité du frontman à capter l’attention, par son attitude ou sa voix, et l’une comme l’autre sont suffisamment personnelles pour ne pas faire fuir les spectateurs. Alors oui, la voix peut rappeler Andrew Eldritch, mais ce n’est pas du Sisters, et oui les sonorités évoquent parfois lourdement Kas Product, mais on en est tout de même assez loin, c’est vraiment l’image de Suicide qui revient en permanence à l’esprit, et comme le set est lui aussi très carré, le temps file à vitesse grand V, même pour ceux comme moi qui ne collectionnent pas les aventures de Vega et Rev... Pas de quoi non plus se jeter sur le merchandising du groupe, mais cela se laisse écouter sans problème, et on ne quitte d’ailleurs pas la salle avant la fin de ce set, preuve qu’on ne souffre pas le moins du monde !

 

Au final, une soirée plus variée que prévu au niveau musical, avec un public plus nombreux que ce que je craignais, on peut s’en féliciter, et la confirmation que le rock en France n’est pas condamné à survivre dans la misère, il y a des grands groupes en France, et Frustration en fait partie, sans contestation aucune !

 

 

Set-list (presque complète) de Frustration :

  • Worries
  • Around
  • For them no premises
  • As they say
  • Midlife crisis
  • It’s gonna be the same
  • Premeditation
  • Runaway
  • Uncivilized
  • We miss you
  • No trouble
  • Assassination
  • Angle grinder
  • Too many questions
  • Rappel : We have some...
  • I’m sure we’re gonna make it
  • Blind

 

Ce vendredi soir, on retourne au Trabendo pour le Christmas Show annuel de New Model Army.