Date : 2 juin 2012

 

Montpellier a prévu les choses en grand en ce samedi caniculaire : une fête des fanfares, une gay-pride, une Comédie du Livre, il y en a pour tous les goûts, jusqu’à la convention des Tatoueurs, juste à côté du Parc de Grammont où va se dérouler le concert de ce soir, dans le cadre du festival en hommage aux (ou simplement pour fêter les) 15 ans de l’association Tout à Fond (T.A.F.), qui a une énorme activité d’organisation de concerts alternatifs, et si pas loin de 5000 personnes sont venues (parfois de très loin, Paris n’est pas si loin, comparé à l’Angleterre, au Canada ou à l’Australie !) pour assister à ce concert en plein air, c’est que l’affiche est carrément exceptionnelle, surtout en regard du tarif ridiculement faible (5 euros !) de l’entrée...

 

Confiant dans l’habitude punk internationale qui veut qu’un concert débute toujours avec du retard, on se pointe donc sur les lieux aux alentours de 19h30 (horaire annoncé : 18h00), mais c’est pour entendre les dernières notes jouées par les Palavas Surfers, autant dire que l’affiche passe directement de 4 à 3 groupes, mais on devrait tout de même s’en contenter...

Le temps de passer par le stand boissons, en prenant un carnet de 10 tickets (que l’on ne finira pas, toujours ça de gagné pour les organisateurs, il est vrai que jouer des coudes pour chercher son godet n’incite pas forcément à multiplier les passages aux stands...), et on se réfugie devant la scène, pour l’instant la fosse est largement plus respirable que les abords des bars et du merchandising, et comme c’est bétonné (en plus il n’a pas plu depuis longtemps), il n’y a aucun risque de boue, seuls les slammeurs pourront éventuellement prendre des risques si les premiers rangs se refusent à les recevoir sur eux... Le changement de matos sur scène prend un poil de temps, on sent que la balance n’est pas nickel, il n’empêche que les Brassen’s Not Dead finissent par investir la scène, et comme leur nom l’indique ils vont nous offrir exclusivement des reprises de Georges Brassens, en version punk-rock bien sûr, car le public ce soir, s’il est mixte et varié (de 5 à 70 ans, environ), est tout de même très punk, il y a de la crête de compétition à foison, mais sans chiens, ce que personne ne regrettera... Le groupe est un quintet, avec un guitariste énervé, un batteur qui se battra avec un son parfois désastreux, un bassiste indien voisinant un guitariste cowboy, et un chanteur à l’accent toulousain très prononcé, ce qui associé à un débit nécessairement élevé ne permet pas toujours de comprendre toutes les paroles, que l’on connaît heureusement toutes par cœur (la fidélité aux textes est entière). Si les CD sont amusants, voire intéressants, quoique inégaux, c’est bien sur scène que le groupe prend toute son envergure : une énergie de tous les instants (il faut dire qu’il n’y a que 35 minutes d’accordées...), une précision étonnante, et on reconnaît encore très bien les mélodies, en dépit d’une accélération substantielle du rythme... Le public ne s’y trompe d’ailleurs pas, qui fait un triomphe au groupe, et que l’on n’aille pas me faire croire que c’est dû à la proximité de Sète : le côté anar de Brassens suffit pour emporter l’adhésion dans ce genre de réunion, alors si vous y ajoutez un groupe qui assure, comment ne pas s’enthousiasmer ? Et encore, je n’ai pas encore cité l’ami de la famille, qui présente le groupe, puis enfile tous les déguisements possibles quoique adaptés au cours du set : une combinaison de gorille (il a dû bien cuire dedans) sur la chanson du même nom, un habit de militaire, des cornes de taureau en guise d’auroch, et en guise de cerise un joli godemichet en plastique souple pour symboliser les mâles pendant que Margot nourrit son chat... Cette présence est suffisamment incongrue et décalée pour que cela passe bien, et tout cela ne laisse qu’un seul regret (j’ajouterai le son de batterie, mais c’est juste histoire de pinailler...), c’est que cela s’arrête aussi vite... Vivement qu’on ait l’occasion de les revoir, et puis on va quand même se repencher sur les albums, histoire de vérifier qu’on n’avait pas l’oreille distraite !

 

Set-list

  1. Corne d’aurochs
  2. Une jolie fleur
  3. Les patriotes
  4. Le testament
  5. Don Juan
  6. Le gorille
  7. Mourir pour des idées
  8. les oiseaux de passage
  9. Celui qui a mal tourné
  10. Brave Margot

Après ce tour de force, ce sont les Washington Dead Cats qui sont chargés de maintenir le niveau d’attention du public au plus haut, et on peut estimer que cet objectif aura été entièrement atteint, en dépit des critiques des uns et des autres. En effet, on sait que Mat Firehair n’aime rien tant que de gérer son concert comme il l’entend, et ce soir on le sent d’humeur encore plus badine que d’habitude, puisqu’il provoquera rapidement les spectateurs, un peu trop atones à son goût, en les comparant au public parisien, puis il lancera plusieurs remarques sur le fait que Montpellier soit champion de France de foot, certains le prendront mal, la plupart des gens s’en contrefichant allègrement (il y a beaucoup de punks, je vous le rappelle), le principal reproche fait au chanteur tenant en sa capacité à tchatcher des heures entre les morceaux... Ma foi, c’est vrai, c’est parfois long, on ne peut pas dire le contraire, mais c’est la façon dont le groupe décide de gérer son temps, alors pourquoi pas ? Surtout que le côté le plus important, c’est-à-dire la musique, compense sans difficulté cette attitude logorrhéique : emmené par un Lord Fester dont la guitare subira force misère techniques, mais qui s’en sortira comme d’habitude haut la main, nous avons droit à des morceaux “punkabilly” (c’est le terme autoconsacré par le groupe) qui cassent tout sur leur passage, qu’il s’agisse de titres anciens ou de choses destinées à paraître sur le nouvel album prévu à la rentrée... Le son de batterie est parfait, le son global est plutôt correct pour les conditions (en extérieur, avec sans doute peu de balances...), et le seul gros regret provient de la limitation de la section de cuivres à un seul préposé, la formule qui a existé à trois cuivres permettait de donner plus d’ampleur aux morceaux... Globalement, le rockabilly énervé est franchement très réussi, et si Mat termine en caleçon léopard la prestation, cela n’empêche pas de garder dans les mirettes l’extraordinaire chemise country rouge à franges que le chanteur arbore : finis les zombies et les chemises hawaïennes, place aux grands espaces américains (l’hommage au King passe d’ailleurs moyennement...) ! Une heure de concert contractuel, et un rappel limité à un titre, mais quel titre : un too drunk to fuck magnifiquement emprunté (et restitué) aux Dead Kennedys, de quoi finir en beauté une prestation extrêmement réussie, histoire de démontrer que le groupe est loin de s’embourgeoiser, et persiste dans sa volonté d’emmener loin dans l’énergie, dans des styles parfois variés (si on compare aux Ramones, par exemple...), un public qui peut difficilement y résister...

 

Grosse déception pendant l’intermède : le stand merchandising a été pris d’assaut, il n’y a plus de T-Shirts, autant dire que j’aurais dû y aller dès l’arrivée... Ce n’est vraiment pas malin d’avoir attendu !

Menfin, on se remet, et on se place un peu moins près de la scène, histoire d’éviter de renouveler l’opération “je prends des retours de pogo pour pas cher sans rien avoir demandé” (si le public est globalement sympa, on ne peut échapper au pourcentage de demeurés qui ne comprennent de toute façon rien à rien), car c’est maintenant que 99% du public va entrer en communion : après plus de dix ans d’absence, les Sheriff remontent sur scène, pour une date unique, autant dire que ce samedi le parc de Grammont est “the place to be” ! Après une arrivée très western spaghetti (le nom du groupe y est pour quelque chose, non ?), c’est sur le rituel “on s’appelle les Sheriff et on fait du bruit !” que démarre un show qui tient à la fois du best of et de l’exercice compliqué de faire du neuf avec du vieux... L’ensemble des albums est passé en revue, avec des interventions plus ou moins importantes de tous les anciens membres du groupe, ce qui ralentit parfois les enchaînements, mais cela n’est sans doute pas pour déplaire au chanteur, que l’on sent à fond pendant chaque morceau, mais avec un furieux besoin de se remettre dès la fin de chaque titre... Et cela explique également que l’enthousiasme (le mot est faible !) suscité par chaque titre (on peut estimer que 95% des spectateurs connaissent l’intégralité des paroles de toutes les chansons par cœur, ce qui est tout de même hallucinant, même si on reconnaîtra que les paroles ne sont pas non plus hyper compliquées à retenir...) retombe un peu à chaque fois, mais reprend de plus belle dès que la musique reprend ses droits. On sait que le groupe a beaucoup répété pour cet événement, cela n’empêchera nullement la multiplication des pains tout au fil du set, mais peu importe, l’énergie est présente, et on sent que le public est prêt à tout pardonner ce soir, même l’utilisation d’une aide pour le chanteur sur certains titres... Les Sheriff, figure d’origine locale aussi importante qu’OTH au sein de la scène punk-rock française, bénéficient d’un très bon son, c’est à noter, cela s’est amélioré au fil de la soirée, et on voit des sourires qui fleurissent partout, on soupçonne même certains d’avoir versé leur petite larme, et ce n’est pas forcément dû au taux d’alcoolémie (certains se réveilleront avec une gueule de bois carabinée dimanche matin, c’est certain !) : le mélange de passion musicale et de sensation de magie d’un instant improbable il y a encore quelques mois tient effectivement du prodige, et j’avoue avoir plusieurs fois ressenti une chair de poule qui n’avait aucun lien avec une température toujours clémente, même en approchant minuit... Car non contents de jouer les tubes attendus (cf. la set-list ci-dessous, chacun y trouvera son bonheur), le groupe fait durer le plaisir, en sortant de scène après 85 minutes bien intenses, et en revenant pour un rappel qui se multipliera trois fois, jusqu’à atteindre quasiment les deux heures et en dépassant allègrement les trente morceaux ! On notera pour l’anecdote que ça fait mal sera dédié aux amis morts au fil des années, et une version d’arrête d’aboyer qui démarre en ska, mais on comprend mieux pourquoi le titre a été accéléré, la version que l’on connaît casse bien plus la baraque !

Histoire de faire plaisir à tout le monde, dam dam est exécuté à quatre guitaristes (ok, cela n’apporte vraiment rien, c’est toujours dans l’optique de participer à la réunion de famille...), et si certains (rares) commencent à quitter les lieux, c’est assurément pour ne pas risquer de devoir rentrer à pied... Car une fois les lumières rallumées, on sent que les spectateurs cherchent à faire durer le plaisir, en restant sur place et en échangeant des impressions toujours positives (ou presque), et on peut ensuite repartir avec plein de refrains plus ou moins débiles mais totalement incrustés dans la tête, en sachant qu’on en cherchera pas à s’en débarrasser : c’est bon de régresser parfois, et ce soir le retour en arrière a été superbe, loin d’être parfait, mais très punk dans l’esprit, et assez émouvant pour ne pas faire regretter d’avoir fait le voyage : bravo au TAF pour cette soirée impeccable, le retour sur Terre va prendre du temps !

 

 

Set-list

  1. Idée fixe
  2. A coups de battes de base-ball
  3. A la chaleur des missiles
  4. 3, 2, 1... zéro
  5. Condamné à bruler
  6. Les 2 doigts (dans la prise)
  7. Bon à rien
  8. Ne fais pas cette tête là
  9. L’essayer c’est l’adopter
  10. Pile ou face
  11. Je veux savoir pourquoi
  12. Aucune importance
  13. Arrête de parler (pendant que tu dors)
  14. Ca fait mal
  15. Trop de tentations
  16. Panik (à daytona beach)
  17. Je suis pas menteur
  18. Gardez des munitions
  19. Pour le meilleur et pour le pire
  20. Je crache mes poumons
  21. Que pasa ?
  22. Marteaux piqueurs
  23. Pendons-les haut et court
  24. Arrête d’aboyer
  25. Jouer avec le feu

Rappel :

  1. Pas de doute
  2. Fanatique de télé
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

Rappel 2 :

  1. Attention à toi
  2. Tic tac
  3. La saga des sheriff
  4. Dam dam

Rappel 3 :

  1. N’insiste pas
  2. (hissez le) Drapeau noir

La suite pourrait bien consister en une nouvelle prestation de Danger!, à la Miroiterie vendredi, si on a bien suivi les explications...