Date : 20 mai 2012

 

Comme souvent lorsqu’on s’approche du Moulin Rouge, le trottoir est bondé, et l’agencement totalement anarchique pour ne pas mélanger le bon grain (les touristes très payants du Moulin Rouge) de l’ivraie (les spectateurs destinés à la Machine du Moulin Rouge). Ce dimanche soir, l’option choisie est de nous faire effectuer un joli grand 8 devant les portes ouvertes, puis d’abandonner les spectateurs Digitickisés à leur triste sort pour laisser entrer les Fnacistes, le tout sous le regard toujours aussi dédaigneux des videurs du cru. On a beau y être habitués, à force, l’inventivité perverse de ces êtres humanoïdes me laisse toujours pantois…

 

L’un des avantages de la Machine, c’est qu’on est sûr que les horaires seront tenus. L’inconvénient, c’est que cela ne laisse pas la possibilité aux groupes de se lâcher et de dépasser leur set-list… Je dis cela, mais en ce qui concerne les Kill Ferelli, on ne peut pas vraiment se plaindre de l’arrêt de leur prestation après une demi-heure top chrono : on ne peut pas vraiment dire que la musique du quatuor soit totalement nulle, mais en dehors d’un certain savoir-faire technique, qui osera me dire qu’il s’est éclaté à l’écoute de titres évoluant du rock-FM formaté à du pseudo-Evanescence, avec une chanteuse-guitariste aux limites vocales qui seront encore plus évidentes après le passage de la tête d’affiche ? Si les Néerlandais sont capables de mettre le feu sur une scène, on imagine que cela ne peut être qu’en festival, lorsqu’un public suffisamment imbibé peut tout supporter, dans toutes les acceptions du terme… Ce genre de groupe est une énigme : quel intérêt peut-il y avoir à jouer avec aussi peu d’originalité ? Autant se limiter à jouer des reprises, cela serait plus honnête que de prétendre maîtriser l’ensemble du spectre hard-métal de ces 40 dernières années, et cela permettrait d’éviter de perdre son temps à arriver à l’heure pour les premières parties !

 

En ce qui concerne la suite, je dois avouer que j’avais un a priori largement favorable, étant donné que je confondais deux groupes, mais cela n’empêche pas le fait d’avoir largement apprécié la prestation des Teutons de Frames, un quatuor purement instrumental, à quelques mots accordés au public près, qui mixe la basse explosive et la batterie métronomique aux sonorités déversées par la guitare et le(s) clavier(s) de manière assez déroutante. Je m’explique : des instrumentaux bourrés de clavier, cela pourrait logiquement s’assimiler à de la bouillie progressive de base, mais si on estime que le mélange métal atmosphérique (remember the Gathering) / influences Cure teinté de fulgurances Melviniennes peut être excitant (et à mon sens cela l’est), la demi-heure proposée est une petite pépite en elle-même, avec des titres qui s’étirent un peu mais de manière très variée, alternant finesse et lourdeur relative, et même la mini-ballade à quatre mains sur les claviers est un modèle de concision, qui permet une coupure bienvenue et très bien placée. Bref, malgré une confusion dans mon esprit au niveau du groupe lui-même, le résultat est carrément positif, et c’est bien là l’essentiel : éviter d’avoir deux mauvaises premières parties, c’est toujours cela de gagné !

 

A voir la fosse à peine remplie, et on ne parle pas des escaliers ou des alentours, on a peine à comprendre que la masse parisienne se soit si peu déplacée, même si c’est dimanche, car on sait d’ores et déjà que la prestation d’Anneke van Giersbergen ne laissera personne indifférent. Tant pis pour les absents, il ne faut guère plus d’une minute, le temps que les musiciens s’installent, pour retrouver la superbe voix de l’ancienne chanteuse de the Gathering, dont la tessiture peut impressionner les plus blasés, et qui après avoir évolué quelques années sous le pseudonyme de Agua de Annique œuvre désormais sous son propre nom, histoire sans doute d’assumer entièrement son statut de leader de groupe. Ce statut sera assumé par une présence scénique de tous les instants, encourageant les musiciens comme le public, échangeant en français (un peu) et en anglais, mais sans volonté de jouer des codes vestimentaires assumés par exemple par la chanteuse du Kill Ferelli : pas de mini-jupe pour Anneke, un bon pantalon informe et bouffant à la place, deux poignets de cuir dévoilant les tatouages du bras droit, la chanteuse est naturelle, et c’est bien mieux comme cela !

La tournée est sous le signe de la présentation du premier album solo, « everything is changing », qui sera donc largement à l’honneur (10 de ses 12 titres seront joués ce soir), et comme je n’ai pas encore entendu ce nouvel opus, j’ai je l’avoue un peu de mal à rentrer dans le concert… La voix est toujours intacte, superbe, il n’y a absolument rien à en redire, mais les trois premiers titres donnent une petite impression de lourdeur musicale, au niveau des deux guitares et de la rythmique basse/batterie, particulièrement, les claviers se faisant assez discrets en début de set.  On a donc la sensation de sentir émerger la voix au milieu d’un maelström sonore, mais ce n’est pas forcément hyper agréable, l’impression prégnante est que la volonté est de parvenir à faire en trois minutes ce que the Gathering mettait le double de temps à produire, c'est-à-dire une montée graduée qui permette de rentrer dans chaque morceau… Un genre de métal-pop, si l’on veut, et on attend bien mieux de la chanteuse, et aussi de son groupe, qui ne doit pas être composé de manchots ou de bourrins de base, en tout cas on l’espère ! Et en fait il suffit d’un seul morceau, le beautiful one issu de Agua de Annique, qui prend le temps de démarrer calmement avant de s’énerver quelque peu, pour que tout se remette en place : même si c’est le seul titre sur lequel Anneke jouera de la guitare, portant pour l’occasion à 3 leur nombre sur scène, on ressent une véritable finesse, et ce joyau permet ensuite comme par magie d’éviter toutes les scories détectées pendant les dix premières minutes… Par exemple, le fury qui suit, toujours tatoué Agua de Annique, reste d’un niveau très appréciable, même s’il ne suscite pas autant d’enthousiasme, et seul le récent too late redescendra le niveau du set, mais il est difficile de maintenir un niveau de qualité tout au long de ce très dense set… On sent que le groupe a trouvé son équilibre, le très calme you want to be free, sur lequel le batteur et le bassiste sont absents, risque bien de devenir l’un des favoris en concert dans les années à venir, et même la reprise du down so low (Chocolate Genius), oscillant entre blues et blues-rock burné, ne vire pas au cauchemar comme cela aurait pu le faire, la tentation GaryMoorienne est évitée, et cela permet de rester très concentré pour le sommet de la soirée, la reprise du saturnine (the Gathering), qui arracherait des larmes à un tortionnaire guantanamique, tant les efforts de la chanteuse réussissent à toucher tout un chacun. Une surprise ? Sur le stay nouveau qui suit, c’est la partie de claviers qui est superbe, il faut le noter, comme quoi tout peut arriver !

On constate que la set-list est très semblable aux précédentes dates du groupe, en plus restreinte cependant, faute sans doute au couvre-feu de 22h30 qui empêchera donc deux titres habituels d’être exécutés de soir…

Après une sortie de scène au bout de 55 minutes, le groupe revient dans la minute (on a compris, il faut profiter de chaque seconde), pour l’hyper efficace everything is changing, qui donne envie de se plonger dans l’écoute du nouvel album, suivi par deux autres titres d’une réelle qualité, dont la reprise de Devin Townsend hyperdrive, un classique pour la chanteuse, et on en vient à se demander pourquoi les trois premiers titres du soir auront été ainsi massacrés (en regard de la suite, bien sûr)… Histoire d’étirer le temps au maximum, le deuxième rappel est enchaîné au premier, et la version de witnesses (Agua de Annique, encore !) est sans doute le troisième meilleur moment de la soirée, histoire de permettre au public de repartir après 1h15 de set avec des sourires béats sur le visage, d’échanger des impressions (toutes positives) au sortir de la salle, et de se dire que finalement l’aventure en solo démarre plutôt bien pour la donzelle, et qu’on en reprendrait bien une petite tranche à l’occasion, surtout quand on maîtrisera mieux le nouveau répertoire !

 

 

Set-list :

Feel Alive

My Boy

Take Me Home

Beautiful One

Fury

You Want To Be Free

Circles

Down So Low

Saturnine

Stay

Too Late

1000 Miles Away From You

Rappel  :

Everything is Changing

Hope, Pray, Dance, Play

Hyperdrive

Rappel 2 :

Witnesses

 

Mercredi, direction le Klub pour tester Danger !, le nouveau groupe du chanteur de Frustration…